Fiche repères : la préparation aux sacrements avec des personnes en grande précarité

Questionnements, freins, leviers et préconisations dégagés durant un atelier de l'Université de la Solidarité et de la Diaconie (USD - Lourdes 2017) 

 

La préparation aux sacrements avec des personnes en grande précarité

Questions et enjeux posés

  • Les types de difficultés de la personne (handicap, précarité, addiction …) sont-ils déterminants ?
  • Questions « administratives », adresse, identité … Comment faire quand la personne n’a pas de domicile fixe ?
  • Dans quelle communauté le catéchumène (adulte demandant le baptême) pourrait-il s’intégrer ? Certains vont chez les évangélistes, les témoins de Jéhovah, autres…
  • Le processus catéchuménal (ou initiation chrétienne), les étapes, le rituel sont-t-ils adaptés ?
  • Lorsqu’on est en présence de personnes à la rue ou complètement démunies, il est difficile de n’accompagner que la démarche spirituelle. Faut-il aussi les aider sur d’autres plans ?
  • Comment les personnes en précarité qui veulent le baptême changent-elles  l’Eglise ?
  • Les personnes sont-elles en demande de baptême ou seulement d’expérience spirituelle forte qu’elles formulent sous la forme d’une demande sacramentelle ?

Freins

  • Les communautés ʺrejetantesʺ.
  • Les équipes d’accompagnement trop protectrices qui enferment les catéchumènes sans les ouvrir à l’Eglise
  • Les situations matrimoniales particulières (divorcés remariés, couples non mariés, couples homosexuels) qui ne peuvent être accompagnées vers les  sacrements de l’initiation (le baptême, la confirmation et l'eucharistie).
  • Des groupes auxquels se raccrochent les personnes qui ne sont pas trop reconnus par les paroisses  (scouts, mouvements, autres petits groupes à la périphérie…)
  • Le cadre trop strict de la démarche catéchuménale, l’interprétation plus ou moins stricte qu’en font les évêques, ce qui confronte à la « loi » de l’Eglise avec parfois le sentiment que l’on transgresse alors qu’on adapte.

Leviers

  • Vivre des rituels de l’initiation en paroisse, cela fait changer les paroissiens.
  • Le rituel propose en fait de la souplesse et beaucoup d’alternatives.
  • On peut faire du sur-mesure. Chaque personne est singulière, chaque histoire est unique.
  • Le discernement des accompagnateurs.
  • Les diacres, de bons interlocuteurs potentiels ? !
  • A propos de l’accueil dans la communauté :
  • Avoir des « personnes-relais », des petits groupes à taille humaine et accueillants dans les paroisses pour faire des sas ;
  • Il y a des communautés porteuses, parce que plus facilement accueillantes aux situations singulières ;
  • Vivre deux dimensions d’Eglise en simultané : un petit groupe d’appartenance et la dimension diocésaine (rassemblements de catéchumènes, invitations de l’évêque etc.)

En fait, chacun ʺbricoleʺ, dans le bon sens du terme, c’est-à-dire que l’on trouve des solutions adaptées avec ce que l’on a.

  • Les services diocésains et certains évêques sont conscients des questions posées par  la démarche catéchuménale pour les personnes en galère.

Préconisations et repères pour l’action

  • Les pèlerinages sont un bon lieu pour le catéchuménat
  • Aller voir son évêque, lui faire rencontrer des catéchumènes
  • Par rapport à la règle, au rituel, au processus de l’initiation chrétienne :
    • Réflexion par rapport à la « gradualité de la loi » : chercher à connaître les valeurs morales de la Loi divine et avoir la volonté de les incarner au mieux (Vatican II et La joie de l'amour[1]). Selon cette exhortation portant sur l'amour dans la famille, c’est la personne elle-même qui peut savoir où elle en est par rapport à la règle.
    • Prendre étape par étape, ne pas voir tous les freins dès le départ, on verra après …
    • Connaître très bien la règle, le rituel, afin de pouvoir s’en servir et s’en libérer à bon escient, utiliser le côté malléable du rituel et les sacramentaux comme les bénédictions, les onctions … (les sacramentaux sont des signes sensibles et sacrés, qui tout en ayant une analogie avec les sacrements n’en sont pas. Ils sont porteurs d’une réalité spirituelle. Les consécrations et bénédictions, mais aussi les objets bénis, eau bénite, médailles, scapulaires sont des sacramentaux).
  • Le discernement se situe à 3 niveaux :
    • Celui de l’équipe d’accompagnement
    • Celui de la personne elle-même
    • Celui de l’évêque
  • Pour les outils
  • Il y a ceux de la Pastorale catéchétique spécialisée (PCS), au service des personnes handicapées, qui sont souvent bien adaptés. Il  y a des choses existantes, pourrait-on  en faire un recensement ?
  • Trouver des petits groupes d’inclusion, frapper à des portes différentes. Les paroisses ne sont pas les seules communautés d’Eglise.
  • Exemple de catéchumènes qui ne peuvent recevoir le baptême : l’évêque les reçoit à sa table chaque année et les sert !
  • Associer des états de vie différents dans les équipes de catéchuménat, cela donne des possibilités diverses, et un beau signe d’Église.

Ce qui fait encore débat

  • Place des prêtres, des diacres sur ces questions ?
  • Les sacrements à tout prix ?
  • Comment accompagner sur toute la vie ?
  • L’unité des trois sacrements de l’initiation : comment cela est-il vécu sur les diocèses ?
  • En prison, il y a de belles démarches catéchuménales, les gens sont là et sont contraints, mais après la sortie … ? 

Autres remarques

  • La colère de quelqu’un qui découvre qu’après 2000 ans d’Église, on est démunis, on ne sait pas faire ce que Jésus a demandé !
  • La pratique du baptême des bébés nous a fait oublier le baptême des adultes, on le redécouvre depuis peu, c’est un vrai renouveau pour l’Eglise.

Pour en savoir + :

Contacts : Sylvie Blondeel, sylvie.blondeel@diocese-grenoble-vienne.fr 

 

Retrouvez ci-dessous en pièce-jointe la fiche en format pdf.

 

© Crédits photo : Fondation Jean Rodhain

 

[1] Amoris Laetitia, Pape François,  Ed du Cerf, 2016

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