Fiche Repères pour agir - Relecture personnelle après accueil de migrants

Cette relecture s’adresse aux personnes qui ont vécu un engagement dans la durée auprès des migrants : dans l’accueil et l’accompagnement, à travers différentes activités, rencontres et temps d’écoute. Pour pouvoir relire, il est essentiel de suspendre un moment l’urgence de l’action et de prendre le temps d’une halte.

Proposition faite par le service national de la Pastorale des migrants et des personnes itinérantes.

Je me laisse inviter à me poser. C’est l’occasion de prendre du recul et de relire ce que j’ai vécu. C’est une invitation à regarder ce que cette expérience a éveillé en moi, à garder mémoire et à découvrir ce que la rencontre avec l’autre me fait devenir.

  • Relire est un chemin en plusieurs étapes, dont le point de départ est le concret de l’expérience : qu’est-ce que j’ai fait ?
  • Dans un deuxième temps vient l’étape plus spécifique de la relecture
    • Cette expérience concrète : qu’est-ce que cela m’a fait ? Qu’est-ce que cela a fait bouger en moi ?
    • Et ma foi ? Comment a-t-elle été façonnée par cette expérience ?
    • Qu’est-ce que cela a permis pour les personnes accueillies ?
  • La troisième et dernière étape est un regard vers l’avenir : qu’est-ce que je vais en faire ? Quelle invitation pour la suite ?

Qu’est-ce que j’ai fait ?

Je commence par regarder concrètement ce que j’ai vécu : me rappeler brièvement les actions mises en place, les rencontres, la mobilisation avec ma paroisse ou association, etc.

L’engagement collectif a probablement touché une diversité de domaines : l’aide matérielle (logement, nourriture, vêtements…), l’accompagnement psycho-social et juridique, l’accompagnement vers l’insertion avec l’apprentissage de la langue, la scolarisation des enfants, etc. Dans quel(s) domaine(s) étais-je impliqué moi-même ? De quelle manière ?

Au-delà des aspects plutôt matériels, la dimension humaine a pu avoir une place importante : avec des temps gratuits de rencontre, repas, sorties – des moments où l’on était tout simplement ensemble, entre êtres humains, dans le partage, l’écoute, le rire ou encore la tristesse quand la vie était trop dure… Quelle était ma place là-dedans ?

Dans notre mobilisation en Église, quelles ont été les actions mises en place pour soutenir les migrants dans leur vie de foi ? Des propositions spirituelles ont-elles concerné exclusivement les chrétiens ou également les croyants d’autres religions ? Combien de migrants expriment leur difficulté avec la laïcité en France où la foi, si souvent essentielle pour eux, a peu de place dans la vie publique ! « À mon arrivée en France, on s’est occupé de tout, sauf de mon âme. » Une migrante africaine

Est-ce que j’étais mobilisé dans des initiatives proposant un espace pour la vie de foi des personnes accueillies, tout en étant habité par un grand respect envers les convictions et croyances de chaque personne ?

Relire…

La relecture, c’est surtout voir ce qui a bougé : en moi, dans ma foi, dans la vie des personnes accompagnées. Qu’est-ce que cette expérience éveille en moi ? Qu’est-ce qu’elle me fait devenir ?

Qu’est-ce que cela m’a fait ?

L’accueil des migrants ne laisse pas indifférent. Comment les engagements m’ont-ils questionné ou conforté ? Quels sentiments et réactions ont-ils provoqué en moi ?

  • Commencer par un travail de mémoire : je laisse défiler dans mon cœur les souvenirs de ces expériences… Elles ont pu provoquer en moi joie, colère, découragement, élan, peur, confiance, déception. Je fais mémoire des émotions éprouvées. Ces émotions peuvent être liées à un moment précis – un geste, une parole, un regard – comme à des expériences vécues dans la durée. Qu’est-ce qui a été source de joie ? Ou source de tristesse et de colère ?
  • Quel ressenti dans la durée : épuisement, dynamisme, ingratitude, paix ? Est-ce que des sentiments contradictoires m’habitent ? Je prends le temps de poser des mots, de goûter la joie, d’ex- primer ce qui a été difficile.
  • La rencontre avec l’autre, avec d’autres, est une expérience forte : comment m’a-t-elle enrichi ? Que m’a-t-elle apporté ?

Accueillir le vécu est souvent un exercice d’humilité. Il s’agit d’accueillir mes capacités mais aussi mes limites et mes frustrations. Regarder avec sincérité et simplicité ce qui m’habite : pas seulement les grandes idées et les beaux projets, mais aussi les réactions que je ne maîtrise pas ou les sentiments qui ne correspondent pas à ce que j’attends de moi-même. Cela exige de ne pas rester fixé sur l’idéal, mais de recevoir, humblement et sans mépris, la réalité de ma vie, le difficile comme le beau. Je peux le vivre dans la confiance que Dieu vient à ma rencontre dans ce réel, pas dans mes rêves.

  • Qu’est-ce qui a été source de déception ? Était-ce lié à des attentes trop élevés ou trop précises ? Ai-je pu évoquer ces difficultés avec d’autres ? Qu’est-ce qui m’a aidé à les surmonter ?
  • Je peux me rappeler mes motivations et mes attentes de départ. Est-ce qu’elles ont évolué au cours des mois ? Est-ce que j’ai été surpris ou déçu : par moi-même, par les autres ? Qu’est-ce qui a été déplacé en moi ?
  • Comment cet engagement m’a-t-il fait grandir ?

Dans la rencontre avec des personnes venues d’ailleurs, la rencontre interculturelle est un défi particulier. Nos manières d’être et de vivre sont profondément marquées par notre culture et nos origines, ce qui rend nos perceptions du monde extrêmement différentes : la manière de nous saluer (se regarder dans les yeux ou pas, se serrer la main ou pas, s’embrasser ou pas…), mais aussi la perception du temps et de l’espace, l’approche de la famille, les relations hommes-femmes, la place de la parole, la notion de vérité, la relation au sacré, etc. Ces différences culturelles peuvent provoquer des malentendus et des incompréhensions… Je peux faire l’expérience d’être déboussolé par telle attitude, geste, parole.

  • Je laisse remonter mes souvenirs de cette interculturalité vécue.

Et ma foi ?

Comme chrétiens, nous croyons en un Dieu qui s’est fait chair en Jésus Christ. Notre vie et notre foi ne sont plus deux mondes séparés, mais profondément liés. Notre foi devrait façonner notre vie de tous les jours : dans la confiance que Dieu aime ce monde et chaque être humain, avec un regard et une attitude imprégnés de l’Évangile, avec le désir d’aimer et de servir. Puis, notre vie et nos expériences peuvent façonner à leur tour notre foi : notre manière de croire, notre écoute de la Parole de Dieu, notre image de Dieu, et bien d’autres domaines.

Se pose alors la question : comment l’accueil et la rencontre ont fait bouger ma vie de chrétien ?

  • Est-ce que j’ai fait, dans la rencontre avec les migrants, l’expérience que Dieu me fait signe ? De quelle manière ? Est-ce que j’ai expérimenté la présence de Dieu, sa force, son appel ? Peut-être de façon discrète ? Qu’est-ce que cet engagement me dit sur le sens de ma vie ?
  • Est-ce que des paroles de la Bible ont résonné en moi dans le contexte de mon engagement : des paroles qui m’ont interpellé, que j’ai reçues comme une lumière, ou qui étaient comme une épine qui m’a dérangé ? Est-ce qu’il y a des textes de la Parole de Dieu que j’ai compris autrement, après l’accueil et la rencontre avec les migrants ?

Quelques textes bibliques

« Tu as du prix à mes yeux » (Is 43, 4) ;

Les promesses de Jésus : « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli », « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 35ss.) ; le lavement des pieds : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13, 15) ;

Les récits de guérison où Jésus relève les personnes : « Lève-toi et marche ! » (cf. Lc 5, 17ss.) ; la Parabole du bon Samaritain (Lc 10,25ss.).

D’autres textes peuvent me rejoindre dans mon expérience.

  • Est-ce que les expériences auprès des migrants ont eu un écho dans ma prière : dans l’intercession, l’action de grâce ? Ou sous forme de cri, de lamentation, de doute, comme nous le voyons tant de fois dans les psaumes ?
  • Est-ce que ma relation avec le Christ a changé à travers cet engagement auprès des migrants ? Quel « visage » de Jésus dans les Évangiles résonne avec plus de force en moi : Jésus qui écoute, Jésus qui guérit, Jésus qui ressuscite, Jésus qui pleure, Jésus qui souffre, Jésus qui vainc la mort…
  • Est-ce que la rencontre concrète avec des migrants croyants m’a façonné jusque dans ma propre foi : la rencontre avec des chrétiens d’autres pays, peut-être d’autres rites ? La rencontre avec des chrétiens persécutés qui ont dû tout quitter parce qu’ils sont chrétiens ? La rencontre avec des migrants d’autres religions qui puisent leur force dans leur foi ?

Qu’est-ce que cela a permis aux personnes accueillies ?

Un troisième angle de relecture peut porter sur les fruits de notre engagement et, à travers cette question, sur notre manière d’agir : qu’est-ce que nos engagements ont permis aux personnes accueillies ?

  • Dans la dynamique d’une relecture dans la foi, nous vous proposons pour chaque aspect un regard sur Jésus et sa manière de faire. Il nous invite à nous interroger : comment l’esprit de l’Évangile, l’agir de Jésus, se reflètent dans ma vie, dans notre action ou pas ?
  • Commencer par me rappeler les résultats très concrets de nos activités : l’hébergement digne d’une famille, des repas réguliers, l’obtention du statut de réfugié, la scolarisation des enfants, l’apprentissage du français… Ou bien d’autres aspects concrets, visibles et importants.
  • Au-delà de ces dimensions matérielles, je peux m’interroger sur d’autres dimensions, davantage dans l’ordre des relations, de la reconnaissance, du sens.

Être une personne en relation : Est-ce que nos actions, notre manière d’accompagner les migrants ont permis à ces personnes de nouer des relations avec d’autres, ou celles-ci sont-elles restées isolées, anonymes ? Des relations dans la durée ont-elles pu s’établir ? Les personnes ont- elles pu se sentir considérées ? Est-ce qu’elles nous ont fait découvrir à leur tour l’importance des relations pour nos vies ?

Dans l’Évangile, la vie de Jésus est façonnée par de multiples relations : Jésus s’arrête, écoute, prend du temps. Il se laisse interpeller, il saisit ce qui habite l’autre. Il s’entoure des disciples, ne vivant pas seul sa mission. Chaque personne a du prix à ses yeux.

  • Être sujet : Est-ce que nos actions ont permis aux personnes d’être des acteurs, des sujets ? Est-ce qu’ils ont eu l’occasion de « donner » à leur tour : un coup de main, un plat typique, un chant, une collaboration comme bénévole, etc. Ou avons-nous cantonné les personnes dans un rôle passif : dans le rôle de celui qui reçoit, mais n’aurait rien à donner ?
  • Je m’interroge sur le fond des relations entre accueillants et accueillis. Est-ce toujours dissymétrique, avec celui qui donne et celui qui reçoit ? Est-ce que je décide à la place des personnes, selon ce que je pense être le meilleur ? Est-ce que je suis tenté par une attitude plutôt paternaliste : par une posture qui tente de porter l’autre comme un enfant, en le regardant comme « mon migrant »,
  • « Nos migrants » ? Ou est-ce la personne accueillie qui s’exprime, décide ? Et ceci même si ses priorités sont peut-être très différentes de ce que je juge le meilleur pour elle ? Qu’est-ce que j’ai reçu, personnellement, des personnes accueillies ? Comment m’ont-elles enrichi ?

Dans l’Évangile, lors de guérisons, Jésus demande très souvent : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Lc 18, 41). Jésus ne décide pas à la place de la personne, mais il interroge son interlocuteur avec un grand respect et beaucoup d’humilité. Jésus prend chacun au sérieux, il le veut debout, sujet de sa vie ! Cela pousse à une attitude de dialogue et de respect.

Donner un sens : L’écoute et les partages peuvent permettre aux migrants de retrouver la parole, de poser peu à peu des mots sur leur vécu, de revisiter leur histoire. Être humain, c’est aussi vivre avec son histoire et essayer d’y trouver un fil rouge, un sens… C’est une invitation à se construire, à se reconstruire et à se projeter dans l’avenir.

  • À travers nos actions et engagements, avons-nous pu ouvrir un espace d’écoute, de partage, de confiance ? Est-ce que j’étais attentif aux paroles des personnes, avec patience et délicatesse, à l’écoute des mots tout simples, des bribes d’un récit, parfois complexes et difficiles à comprendre ? Est-ce que j’ai su écouter et accueillir les inquiétudes, la peur, les questions, les rêves ? Ou encore les lumières ou la clarté qui ont pu surgir, donnant sens au chemin d’exil ? Est-ce que j’ai pu être témoin discret de vie, d’espérance ?

La Bible nous livre beaucoup de récits : récits personnels, récits de la vie d’un peuple. Les croyants y ont exprimé le sens qu’ils ont trouvé à leurs expériences, à la lumière de leur foi en Dieu. Récits qui reflètent les doutes, l’espérance, la lutte, la confiance… Dans les impasses, un passage vers l’avenir, dans la souffrance ou le désespoir, une ouverture vers l’espérance… Rappelons seulement le récit des disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35) : perdus dans leur souffrance, leur désespoir et leur incompréhension, la Parole de Jésus leur a ouvert une autre perspective et transmis un message de vie, d’espérance.

Exprimer en symboles et célébrer : Avec les paroles, les symboles et les signes sont d’une grande importance dans notre existence. Ils expriment notre vie et la façonnent. Ils ont une place parti- culière dans notre foi : rites et objets, bougies, encens, chants, postures, etc.

  • Dans notre mobilisation pour l’accueil, avons-nous ouvert des espaces pour l’expression symbolique ? Des espaces pour les besoins spirituels des migrants, dans le respect et la discrétion nécessaires ? Avons-nous proposé des célébrations ? Des gestes peuvent signifier bien plus qu’une simple parole, ils nous aident à exprimer un vécu, une souffrance, une joie. Ils peuvent apaiser nos angoisses ou renouveler notre confiance. Si certains symboles sont typiquement chrétiens, d’autres sont accessibles à d’autres croyants ou à toute personne, indépendamment de ses convictions religieuses.

Dans les Évangiles, les paroles de Jésus vont souvent de pair avec des gestes : les mains imposées, la boue appliquée sur les yeux de l’aveugle, le pain et le vin… Dieu se sert des gestes, de signes pour nous rejoindre dans notre humanité.

Qu’est-ce que j’en fais ?

  • J’arrive à la dernière étape : le regard vers l’avenir. Avec tout ce qui a bougé en moi, dans ma foi, dans la vie des personnes accueillies, je me mets sous le regard de Dieu et me demande : qu’est-ce que je veux en faire ? Qu’est-ce que je peux en faire ? Dans quelle direction Dieu m’invite-t-il à avancer ?
  • Regarder le lendemain, ce n’est pas se projeter dans un futur idéal où toutes nos limites disparaîtront, les miennes comme celles des autres. Il faut regarder l’avenir avec réalisme, en accueillant les dynamiques contradictoires qui m’habitent, mes hésitations entre ouverture/confiance/joie et fermeture/peur/découragement. Tout en acceptant ce qui m’habite, j’essaie d’être attentif à ma « boussole intérieure » pour reconnaître : qu’est-ce qui me porte vers la joie, la paix, la liberté ? Et à l’inverse : qu’est-ce qui me trouble, me rend triste, me pousse à m’enfermer ?
  • Puis je peux me demander : dans quelle direction est-ce que je veux avancer ? Vers où me porte mon espérance ?

Un vieux chef indien Cherokee très sage enseignait à son petit-fils d’importantes leçons de vie :

“En chacun de nous se déroule une bataille qui ressemble beaucoup à une bataille entre deux loups. L’un est mauvais : il est animé par l’envie, la jalousie,  les remords, l’égoïsme, l’ambition, le ressentiment, le sentiment d’infériorité, le mensonge… L’autre loup incarne le bien : il n’est que paix, amour, joie, espérance, vérité, bonté, bienveillance, générosité, compassion, fidélité.

Cette bataille intérieure est vécue par chacun d’entre nous. Ce combat terrible se passe aussi en toi. “

Ému par les paroles de son grand-père, l’enfant resta songeur pendant quelques instants, puis demanda : “Grand-père, lequel des deux loups va gagner ?”

Le vieux Cherokee sourit et répondit simplement : “Celui que tu nourris.” »

Légende amérindienne

  • Après tout ce parcours de relecture, quelle conviction m’habite pour continuer le chemin ? Une conviction qui m’habite depuis longtemps et que je vois confirmée et approfondie ? Une nouvelle conviction qui se fait jour en moi ? Est-ce que je peux l’exprimer par une phrase ?
  • Sur quoi pourrai-je m’appuyer pour avancer : une lumière reçue à travers cette relecture ? Un texte de la Parole de Dieu ? Une espérance qui m’habite ? Une personne, un groupe ? Un cadre à établir ? Je peux les noter pour en faire mémoire, notamment dans les moments plus difficiles.
  • Quelle source de joie ai-je pu repérer dans l’expérience de l’accueil et de la rencontre ? Comment en vivre davantage ?
  • Comment mieux gérer les déceptions ? Quel besoin de partage et d’accompagnement ? Et concrètement : est-ce que je me sens confirmé sur le chemin commencé ? Est-ce que je souhaite réviser ma manière de faire, mes attitudes, mes attentes ? Quelles nouvelles perspectives, quelles pro- positions concrètes concernant le cadre des activités, les possibilités de partage, les temps de ressourcement, la collaboration en équipe, des limites à poser, etc. ?

Chrétiens, nous ne sommes jamais seuls sur le chemin. Le Seigneur nous accompagne et nous guide, et nous pouvons trouver appui dans la communauté des croyants. La Parole de Jésus Christ nous situe toujours du côté de la vie, de l’espérance… Les Évangiles sont une source à laquelle puiser lumière, réconfort, paix, orientation. Ils nous invitent à tisser patiemment la communion dans la diversité.

SERVICE NATIONAL DE LA PASTORALE DES MIGRANTS ET DES PERSONNES ITINERANTES (SNPMPI), 58, avenue de Breteuil - 75007 Paris

Tél. 01 72 36 69 47 – migrants@cef.fr http://migrations.catholique.fr/

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