Pour qu’un groupe de personnes en précarité soit reconnu et prenne sa place en église

Témoignage du Secours Catholique Délégation Haute Savoie, SEMEURS de LUMIERE.

Mireille : Brigitte, quel a été le point de départ ?

Brigitte : Le point de départ a été la création d’un groupe de partage et de recherche de sens avec des personnes en précarité et en fragilité.

Brigitte : Mireille, tu peux me parler de ce groupe ?

Mireille : Semeurs de Lumière est né en octobre 2010, d’une demande de 3 femmes participant à un groupe convivial du Secours Catholique. Elles se questionnaient sur le sens de leur vie.  Elles voulaient également partager sur leur Foi,  sur ce qu’elles vivaient, sur ce qui les poussait à continuer à rester debout.

Ce groupe « Partage et recherche de sens » a donc démarré avec 7 femmes croyantes, pratiquantes ou non, une musulmane. Toutes étaient en recherche de sens. Nous nous réunissions une fois par mois.

Mireille : Mais c’était quoi au juste ce groupe ?

Brigitte : C’était un groupe de paroles, où l’on déposait nos peines, nos souffrances, nos angoisses, notre culpabilité. C’était un moment libérateur où chacune cherchait à donner du sens à sa souffrance MAIS TOUJOURS sous le regard de DIEU.

« Il n’y a qu’ici où je peux parler. A la maison je prie mais je me dis que je ne dois pas prier comme il faut car Dieu ne me donne pas ce que je lui demande »

La souffrance des unes et des autres avaient besoin d’être criée au groupe pour qu’elle monte vers Dieu, pour qu’elles soient aux  yeux de chacune entendues par Dieu. Nous avions besoin des unes et des autres pour aller à la rencontre de Dieu. La préparation se faisait entre les 2 animatrices.

Brigitte : Comment notre groupe a-t-il évolué ?

Mireille : Ce groupe a toujours eu le souci d’accueillir d’autres personnes en recherche,  des femmes en difficulté qui n’avaient pas de lieu de paroles, qui étaient accueillies comme elles étaient  et qui s’accueillaient comme elles étaient. Une charte a été créée par le groupe. Chaque personne du groupe s’est impliquée peu à peu dans la préparation des rencontres.  Ce fut un chemin  de confiance, d’apprentissage, de reconnaissance.

« La préparation à 2 a toujours été très bénéfique.  On apprend à mieux se connaitre.  Pendant la préparation ça permet des échanges plus en profondeur. On ne peut pas encore animer mais on prépare. On apprend à avoir confiance en soi, à se lancer, à avoir de moins en moins peur dans le groupe. »

Ce groupe du Secours Catholique était connu et reconnu, /il a commencé à être sollicité.

Mireille : Brigitte, par qui nous avons été sollicitées ?

Brigitte : Les 1ères sollicitations se sont faites au sein du Secours Catholique, pour les Voyages de l’Espérance pour la  préparation des temps de partage et des temps spirituels. 3 à 4 membres de notre groupe ont été appelés à participer à l’équipe d’animation spirituelle de la délégation. Nous avons été aussi appelées à participer à des conseils de délégation.

Nous avons témoigné en paroisse sur ce que nous vivions, le jour de la collecte nationale du Secours Catholique

« Ça permet la parole, une parole qui touche, qui interroge, qui donne à quelques-uns l’envie de venir à notre rencontre. Les personnes nous regardent autrement.»

Brigitte : Qu’est-ce qui a permis au groupe de faire un grand pas en avant ?

Mireille : C’est le rassemblement DIACONIA à Lourdes en 2013. Notre groupe a été appelé  à témoigner sur ce que nous vivions dans nos Voyages de l’Espérance et dans notre groupe Partage et Recherche de Sens.

Brigitte : Qu’est-ce que tu peux nous témoigner de cette expérience ?

Mireille : « Tout le groupe n’a pas pu venir. C’était important pour moi de me dire que je représentais le groupe. On avait préparé toutes ensemble, on avait fait un diaporama avec  leurs photos et on parlait en leur nom ».

« Même si on avait peur, on s’encourageait par un sourire, un regard, un geste, une parole qui nous mettait en confiance. »

« Je me disais : si je commence à paniquer, je sais que je peux compter sur l’autre. Je vais me calmer, je vais repartir »

« Dans l’appel, on se sent envoyée en mission. On me reconnait telle que je suis. Je suis capable. On me fait confiance. Je prends ma place de baptisée.»

C’était un premier pas dans la communauté paroissiale.

Mireille : Je crois que l’évêque nous a donné une mission ?

Brigitte : Oui, les Evêques à Lourdes nous ont missionné pour lire en paroisse leur message. « Nous étions missionnées par les Evêques de France. A la paroisse on a commencé à nous regarder autrement, à venir nous parler. On nous a demandé si nous voulions faire partie de la chorale. Et on nous a même invitées à déjeuner.» Ça nous a donné de l’élan, de  la confiance, l’envie de participer.

Brigitte : ça a donné des idées à l’évêque de la Haute Savoie ?

Mireille : Oui, en 2014 notre Evêque a demandé à  l’équipe Servir la Fraternité  d’organiser une journée diocésaine appelée Diaconia 74. Notre groupe a été demandé pour réaliser une vidéo et pour témoigner sur le thème : la pauvreté, les fragilités, c’est quoi pour vous ?  Mais aussi sur ce que le groupe nous a apporté, comment il nous a transformées.

Mireille : Il y a eu des rebondissements ?

Brigitte : Oui ! Ces témoignages en ont appelé d’autres dans des journées de formation diocésaines.

« Ce qui nous a permis d’avancer c’est de toujours préparer ensemble à 2 ou 3 ou avec tout le groupe.

C’est de ne jamais aller témoigner toute seule. J’ai besoin de l’autre pour me rassurer, pour oser prendre la parole… »

On a eu envie ensuite de partager avec d’autres groupes comme nous. On a rejoint le Réseau Saint Laurent. On a été au pèlerinage St Laurent à Lourdes en août 2015.

« Au pèlerinage, on côtoie beaucoup de pauvres, de personnes en fragilité. Je me suis rendu compte que mes fragilités n’étaient rien à côté des autres. J’ai découvert une richesse, ça m’a fait réagir, je me suis sentie plus forte. »

Brigitte : Et quelles ont été les réactions de la paroisse ?

Mireille : Aujourd’hui la paroisse demande à notre groupe d’animer des messes. Il y a des paroissiens qui nous disent qu’ils ont bien aimé,  qu’ils n’avaient pas vu les choses comme ça.  C’est important pour nous qu’ils nous disent qu’ils ont bien aimé.  On est fières, on se sent reconnues, on existe en tant que baptisées.  C’est important de savoir se remercier.

Maintenant on nous dit  bonjour et on nous demande le dimanche des petits services: apporter les offrandes, apporter la corbeille des prières déposées pendant la semaine, faire la quête. On est en action.  On est reconnues pour ce qu’on peut faire.

Sur la paroisse, on a créé un groupe de danses traditionnelles, ouvert à tout le monde : des gens comme nous mais aussi des paroissiens.  On propose une danse pendant la célébration. Des paroissiens viennent danser avec nous. Il y des personnes qui sont très touchées, ça aide à prier.

Quelques-unes participent aussi aux assemblées paroissiales,  aux rencontres de relecture du Pôle solidarité  / à des repas paroissiaux.

Mireille : Mais Brigitte, c’est trop facile ce qu’on leur raconte sur notre groupe ! On  rencontre aussi des difficultés ?

Brigitte : Mais oui Mireille, on va les mettre à l’aise, des difficultés on en a, mais elles ne sont pas insurmontables !

Mireille : Tu peux nous les dire ?

Brigitte : Comment respecter le libre choix du thème proposé par la personne qui prépare en le rendant accessible à tous ? (ex. la louange) Il faut essayer de s’adapter à tout le monde.

La disponibilité, se rendre disponible à l’autre dans la durée. Nous avons besoin de parler entre les rencontres.

Il faut aussi du temps et de la disponibilité pour préparer les rencontres.

La patience pour se construire : grandir demande du temps, de l’apprivoisement avec soi, avec les autres, de la confiance, attendre que la personne puisse faire le pas, qu’elle en ait le désir et qu’elle ose prendre sa place.

La peur du jugement, du regard de l’autre, peur de ne pas être comprise, de ne pas trouver les mots pour dire ce que l’on pense, peur de ne pas comprendre les questions ou ce qui se dit.

Se sentir écraser par la parole des autres quand on participe à des assemblées paroissiales.

Se sentir observée, cataloguée, ça peut bloquer.

Enfin les préjugés : on est différentes mais on est comme les autres !

Brigitte : Mireille, tu es d’accord, on leur dit ce qui fait que ça marche ?

M.  La force du groupe, / la force de faire ensemble

B. Importance d’être appelé, d’être missionné : j’existe, je suis capable, on me fait confiance. Ça nous fait du bien de rendre service !

M. La préparation en amont de nos témoignages, entre personnes qui connaissent les mêmes difficultés : l’importance de faire sortir ce que l’on a au fond de soi, de réaliser que c’est beau que c’est important pour les autres ce que l’on  dit, de s’encourager, de se sentir en sécurité.

B. La présence discrète du Seigneur. C’est lui qui nous tient.

M. La force du pardon : savoir se pardonner quand des paroles nous ont blessées.

B. La fraternité, la solidarité du cœur, les petites attentions entre nous. On s’appuie les unes sur les autres.

M. La sincérité : prendre le temps de se dire les choses calmement.

B. Etre à plusieurs en responsabilité pour gérer les difficultés et accompagner les personnes.

M. Donner un cadre dans nos rencontres : s’écouter, se respecter, s’encourager, partager le temps de parole, faire confiance, être solidaires.

B. Les convictions personnelles qui nous habitent toutes :

B. Croire que chacune a sa place, a le droit de prendre sa place

M. Croire que je reçois autant que je peux donner

B. La préférence du Christ pour les petits, les pauvres, les malades, les handicapés

M. Croire que l’Eglise n’est pas réservée à une catégorie de personnes riches ou pauvres . Elle est à TOUS.

B. Et dans les réunions : favoriser les petits groupes de partage ; ne pas être toute seule, avoir une règle de prise de parole et qu’elle soit respectée, il faut que les questions posées soient compréhensibles

« C’est important d’être ensemble, c’est là qu’on s’enrichit, qu’on reçoit des bonnes choses qui nous aident à grandir et à connaître le bon chemin »

« Créer des liens, ça apporte la chaleur humaine, on se sent moins seule »

M. Il y a aussi la formation qui nous aide :

Petit à petit nous participons à des formations au sein du Secours Catholique : connaissance du Secours Catholique,  accueil-écoute, animation d’un groupe convivial. Chacune va à son rythme. On est à égalité dans le partage de nos expériences. On est poussé à se dépasser.

B. Une relecture régulière après un évènement vécu ou en fin d’année, c’est important…

M. Enfin, les remerciements et les encouragements des personnes extérieures à notre groupe.

Pour conclure,

Brigitte : Dans la DIACONIE c’est le regard qui est premier, c’est là que commence la confiance. Le regard transforme tout : « Jésus le regarda et l’aima » (Jésus et l’homme riche). On est vu autrement, on est considéré, on nous laisse la possibilité de nous exprimer. En se mettant à l’écoute des autres, on se forme. Ça fait évoluer l’assemblée.

Mireille : Maintenant on ose demander, on ose aller vers les autres. On nous voit tel qu’on est, on n’est pas des petits qui ne savent rien. Je suis plus ouverte à la Parole de Dieu, je comprends mieux. Je deviens plus solide. Je suis plus sûre de ma Foi.

Faire Eglise nous apporte de la JOIE !

Mireille PELLEGRIN et Brigitte SATIN

Ajouter un commentaire