Pourquoi prendre cet engagement à 78 ans ?

06/02/2019

ACCUEIL DES FAMILLES DES PERSONNES DÉTENUES  « J’étais prisonnier et vous êtes venus à moi » (Mt 26,36)

Par Sœur Nicole

« Non Seigneur, cette mission n’est pas pour moi. Je ne pourrais pas passer tous les sas qui me séparent de mon frère, de ma sœur détenue, arpenter les couloirs interminables, entendre le cliquetis des trousseaux de clés qui s’entrechoquent, le grincement des serrures et des guichets, passer les postes de contrôle. Non je ne pourrais pas, rien que d’y faire allusion, j’ai le vertige. »

« Pardon Seigneur de ne pas aller TE voir dans les prisons »

Alors, je me suis autorisée à m’arrêter à la porte. Avec d’autres bénévoles, je participe à l’accueil des familles des personnes détenues en Ile de France.

Lorsqu’elles arrivent, que ce soit pour le premier parloir ou pour le énième, les personnes visiteuses sont stressées, angoissées, révoltées parfois ou soumises au destin : larmes d’une maman, d’un papa, d’un enfant, d’une épouse… Dès leur arrivée, il est essentiel que les familles puissent bénéficier d’un lieu accueillant, d’une écoute sereine, sans question, sans jugement. Là, elles peuvent être guidées pour certaines démarches administratives : prendre des rendez-vous pour leurs parloirs ou en modifier les horaires sur une borne électronique impersonnelle, avec son mystère de fonctionnement parfois récalcitrant, remplir la liste des vêtements qu’elles apportent (certaines ne savent ni lire ni écrire), distribuer et remplir les formulaires pour demander le droit de visite, pour envoyer de l’argent ou faire toute autre correspondance, avoir quelques conseils pour rencontrer le juge ou l’avocat, vérifier l’heure du rendez-vous car un retard entraîne automatiquement une annulation de parloir, avec des conséquences douloureuses de part et d’autre, etc.

Le temps des visites est court, une demi-heure. Le temps d’attente est souvent long. Les familles viennent parfois de loin : Ile de France, Hauts de France, Bretagne, Toulouse, Marseille, La Rochelle, Belgique, Grande Bretagne, Italie ou autre. Alors prendre un café, grignoter un biscuit, sucer un bonbon, se faire belle pour la personne visitée, peut permettre d’évacuer le trop plein d’angoisse, créer des liens avec les autres familles et se soutenir mutuellement. Les détenus hommes sont le double par rapport aux possibilités d’accueil prévues, ce qui veut dire une grande proximité. Ils se partagent cet espace alloué pour quelques semaines ou pour 5 ans. L’accueil est ouvert tous les jours ouvrables, et reçoit journellement entre 100 et 300 personnes, parfois plus.

Pourquoi prendre cet engagement à 78 ans ?

Depuis longtemps, je portais ce désir sans avoir pu le concrétiser. Lorsque j’ai réalisé que la structure existait près de mon lieu d’habitation, j’ai pris contact et après 2 mois d’essai j’ai été confirmée dans ce bénévolat, par l’association qui gère ce lieu d’accueil, association non confessionnelle.

Plusieurs motivations vibrent en moi, se mélangent et font un tout que je ne puis dissocier…: Écoute et cohérence avec la Parole de Dieu, expérience professionnelle qui a vu certains jeunes franchir la barrière, attirance personnelle qui m’invite à « aller aux frontières », confiance en Marie, Mère d’un Prisonnier condamné à mort. C’est tout un chemin qui me permet de répondre à l’appel du Christ avec ce qui me constitue : histoire, richesses, limites, peurs, dons, faiblesses, réflexion, discernement... La proximité avec ces personnes fragilisées, habite ma prière, me fait relativiser les aléas de ma propre vie, me transforme et m’évangélise, « me fait pleurer avec ceux qui pleurent, lors de l’incarcération, me réjouir avec ceux qui sont dans la joie, lors de la libération ». (d’après Rom, 12,15)

Dans ce lieu, il m’est proposé de vivre la table de la rencontre, tout à la fois : table de la fraternité, de la mission, de l’interculturalité. Tendresse, compassion, action de grâce, universalité, tout est possible à mettre en œuvre. À moi de m’en imprégner, de donner, de recevoir, de partager toute ces richesses de vie.

«J’étais prisonnier et tu as soutenu MA famille lorsqu’elle venait ME voir. »

Peut être Seigneur, mais j’ai besoin de TOI lorsque je vais à la rencontre. Inspire-moi l’attitude à prendre, les paroles à dire, les silences à observer. Habite mon cœur pour transmettre à TES visiteurs, le +sourire de la fraternité, le visage de ta tendresse.»                                                         

Sr Nicole

Ajouter un commentaire