La migration, l'identité religieuse et le bidonville de Calais

02/01/2017

Dans la revue Unité des chrétiens (n°183, juillet 2016, « Migrations : lieu œcuménique »), Alexis Artaud de La Ferrière* livre une enquête de sociologie religieuse sur les populations de la « jungle » de Calais.

Voici quelques extraits choisis.

Depuis le mois de février 2016, une nouvelle figure a rejoint la population hétéroclite du bidonville : vêtu d’un habit bleu, un chapelet à sa taille, le frère Johannes est membre des Catholic Workers, un mouvement fondé à New York en 1933 par Dorothy et Peter Day qui prône la justice sociale et le pacifisme. Mais malgré son engagement dans ce mouvement catholique romain, Johannes est en fait un religieux bénédictin de l’Eglise vieille-catholique (Union d’Utrecht). C’est fort de ces deux appartenances que Johannes a ouvert la maison Maria Skobtsova à Calais, qui se veut être une comunauté de solidarité chrétienne pour les migrants et les demandeurs d’asile, offrant un lieu de répit et d’accompagnement pastoral ouvert à tous.

Membre d’une église occidentale très minoritaire, pour Johannes la démarche œcuménique et interconfessionnelle a toujours été omniprésente dans son travail pastoral. Et cette démarche est incontournable à Calais, où les habitants du bidonville sont principalement des musulmans, des chrétiens d’Orient (catholiques, orthodoxes, ainsi que des protestants : pentecôtistes et évangéliques).

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Il est aussi vrai que pour de nombreux migrants, l’arrivée en France (ou dans un autre pays) constitue un moment où le choix d’appartenance à une église ou à un courant spirituel s’explicite. Au pays d’origine, la personne pouvait fréquenter une église par habitude ou en vertu de son contexte social. Or, la décontextualisation qui s’opère lors de la transition migratoire pousse la personne à engager une réflexion plus active par rapports à ses croyances, ses valeurs, et à faire le choix de quelle communauté de culte lui correspond le mieux.

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Œcuménisme et inter-religieux

Ce cheminement spirituel issu du parcours migratoire s’opère généralement à l’intérieur de la religion d’origine ; même si la conversion existe, il est plus courant de « tester » plusieurs églises si l’on est chrétien, plusieurs mosquées si l’on est musulman, que de faire la passerelle entre les deux.

Mais il est illuminant de constater que la distinction chrétien/musulman ne constitue pas une ligne de démarcation identitaire importante parmi les habitants du bidonville de Calais. Ici, les groupes sociaux se forment principalement autour d’appartenances nationales et linguistiques. Souvent ces appartenances se calquent sur la religion, mais pas systématiquement.

 

=> Pour approfondir et plus d'informations, retrouvez le site de la revue Unité des Chrétiens en cliquant ici.

 

*Alexis Artaud de La Ferrière est membre post-doctorant du Groupe Religions Sociétés et Laïcités (CNRS). Son projet de recherche actuel porte sur l’accueil des migrants dans les communautés religieuses en France et sur l’interface entre la religion et la condition d’exil. Il est aussi chargé de mission au Service national de la pastorale des migrants à la Conférence des évêques de France. Auparavant, Alexis était doctorant à l'Université de Cambridge, où il a écrit sa thèse doctorale sur la politique scolaire en Algérie pendant la guerre d'indépendance.

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