Nevers 2018 : Quelle expérience avez-vous de l’hospitalité ? (2)

15/03/2018

 

Chaque année, le Réseau Saint Laurent organise une session de théologie pastorale à Nevers consacrée à l'expérience de foi des pauvres et à la diaconie. En 2018, les groupes de personnes ont partagé et réfléchi autour du thème de l'hospitalité. Retrouvez ci-dessous un deuxième extrait de ce texte de paroles.

 

 

2. Quelle expérience avez-vous de l’hospitalité ?

L’hospitalité, c’est accueillir même les gens qui sont en précarité, qui ne sont pas habillés pareil. On est tous égaux, bien habillés, pas bien habillés, les gens dans la rue, les gens qui sont hébergés, on est tous dans le même sac. On est sur terre, automatiquement on est tous égaux. Être accueilli, ça enlève beaucoup de poids. On se sent humain, et après c’est une expérience de vie qu’on peut partager, on peut dire : « Oui, vous êtes comme ça, mais regardez-moi : j’étais comme vous et je me suis relevé. »

L’hospitalité, c’est aider l’autre, bien sûr ! Mais aussi s’aider soi-même, faire de la place. Des fois, on n’a pas de place, il y a un imprévu. Eh bien, on bouge les meubles ! C’est bousculer ses habitudes parce que bien souvent ça nous dérange. Et quand on le fait avec le cœur, on se bouscule soi-même. Dans ma propre famille, sachant que j’étais à la rue, on ne m’a pas accueilli ; et il a fallu que ça soit des gens extérieurs qui ont su ce qui se passait et qui m’ont offert une caravane. On voit toute l’importance de personnes extérieures à nos vies qui viennent à notre secours. Et cela amène après à être beaucoup plus vigilants à l’autre. Quand tu vois l’autre qui est dans le même état que ce que tu as été toi, tu es beaucoup plus réceptif. Mais ça peut être dangereux aussi. Tu peux inviter quelqu’un qui, pendant que tu dors, va te faire les poches. Ça, c’est un risque à prendre, mais, si on s’arrête à toutes ces choses-là, on ne fait plus rien !

Il y a quelques années, j’ai hébergé pas mal de personnes chez moi, avec mes enfants, mais la dernière que j’ai hébergée, c’était très dur, c’était une voisine qu’on venait d’expulser. Elle est restée 18 mois avant qu’on lui donne un logement. Je n’en pouvais plus. Elle commençait à faire comme si c’était chez elle. Elle était le chef dans la maison. C’est vrai, je l’ai laissée faire. Il y avait ma fille qui n’était pas contente, et puis ma famille : « Vraiment tu t’es laissée faire, il faut la mettre à la porte. » Moi, je ne pouvais pas faire ça ! Elle était très mal, très malheureuse. Alors, j’ai fait ça comme ça, quoi, pour… je ne sais pas. J’ai fait ça vraiment de bon cœur. Quand j’ai logé cette voisine chez moi, ils m’ont coupé les allocations et l’APL, parce que j’étais dans un HLM et c’est interdit.

Cela fait 25 ans que j’héberge un SDF à la maison. J’ai en plus la grand-mère de ma compagne. Maintenant je n’arriverai plus à le mettre dehors. Il fait partie de la maison. En même temps, j’ai hébergé un sans papiers pendant deux ans et il s’est marié avec ma sœur. Mon père ne voulait pas l’accepter et ma sœur m’a demandé si je voulais l’accepter. Même si c’est petit à la maison, on arrivait tout le temps à trouver une place pour lui. Pour moi, c’était une obligation : j’ai un toit, pourquoi lui il n’aurait pas un toit ? J’ai subi déjà pas mal de problèmes et on m’a tendu la main. Pourquoi moi je ne tendrais pas la main aussi à d’autres personnes ?

L’hospitalité, c’est accueillir la personne comme elle est. Il me revient un souvenir. J’étais à l’orphelinat et il y avait une petite fille qui avait un visage ravagé par je ne sais quoi. Des gens venaient et gentiment ils embrassaient tout le monde, sauf elle. Et chaque fois je l’embrassais sur le front pour ne pas lui faire mal. Je me dis : c’est ça accueillir, ne pas la mettre à part, mais la reconnaître comme elle est.

J’ai reçu dans le cadre d’une association. Avec le président, on a reçu deux personnes. Elles avaient beaucoup de haine entre elles. A un moment, on s’est senti en danger vis-à-vis de cette violence. Et j’ai dit : « Qu’elles s’en aillent ! On se met en danger, c’est une association d’entraide mutuelle. » J’ai compris, en venant à Lourdes, la Sainte Vierge m’a sûrement éclairée. Je me suis dit : il y a une personne qui est en souffrance et je veux qu’elle parte, mais pourquoi ? Si on la met dehors, elle sera encore plus en souffrance. Qu’est-ce qu’on doit faire ? C’est terrible, ça fait peur, mais j’ai dit : Non ! On ne peut pas la mettre dehors, il faut prier pour elle. L’hospitalité, c’est ne pas l’abandonner, l’accompagner quand elle est en violence. Moi, ça sera surtout par la prière.

J’ai un souci, je suis souvent invitée par d’autres. Mais, personnellement, je n’accueille pas chez moi. J’ai vraiment peur de l’étranger dans ma maison, parce que ma maison c’est ma protection, avec mon mari et mes filles. Et j’ai peur que quelqu’un vienne et perturbe notre harmonie familiale, l’éducation, le bien être, le confort. J’ai quand même de l’hospitalité, c’est-à-dire que je suis malgré tout volontaire, je suis prête à leur donner des conseils, à les accompagner dans des hôtels, à participer financièrement avec le peu d’argent que j’ai. J’ouvre mon cœur. Mais je ne veux pas qu’ils franchissent ma maison, ça me terrorise.

Il faut savoir se protéger. Moi non plus, je n’ai jamais accueilli quelqu’un chez moi. Dans l’évangile, Jésus savait se protéger. Quelquefois, il montait sur la montagne pour prier tout seul. Il retrouvait des lieux où il allait enfin se ressourcer et reprendre des forces.

Accueillir la parole de l’autre permet bien souvent de rénover notre maison intérieure, en ayant un autre regard que ce qu’on pense habituellement sur les gens. Être accueilli dans l’Église, accueillir la Parole de Jésus permet d’être à son tour accueillant. On a tous besoin de se lier à quelque chose. Même si on a oublié Jésus, à un moment donné, il réapparait sous diverses formes dans nos vies et il nous ouvre un chemin qu’on croyait inaccessible.

Retrouvez, ci-dessous en pièce-jointe, le texte complet en version pdf.

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