Nevers 2018 : À quelles conditions l’hospitalité est-elle réussie ? (4)

15/03/2018

Chaque année, le Réseau Saint Laurent organise une session de théologie pastorale à Nevers consacrée à l'expérience de foi des pauvres et à la diaconie. En 2018, les groupes de personnes ont partagé et réfléchi autour du thème de l'hospitalité. Retrouvez ci-dessous un quatrième extrait de ce texte de paroles.

 

4. À quelles conditions l’hospitalité est-elle réussie ?

Il faut agrandir le cercle pour accueillir. L'hospitalité, c’est un réseau de langage. Parce que si on ne se met pas en dialogue avec d’autres personnes, on reste enfermé.

C’est faire de la place, de l'espace de vie pour accueillir avec le confort et le bien-être. Recevoir avec le sourire, en confiance. Pour savoir partager, il faut être bien. Je t'écoute, tu m'écoutes. C'est le partage.

On a notre expérience de vie, qui peut nous pousser à accueillir des gens parce qu’on les comprend bien. Dans une EHPAD, il y a une aveugle. Au début, les sœurs étaient un peu paniquées. Elles voulaient l'habiller et la faire manger, elles ne pensaient pas qu'un aveugle peut s'habiller et manger seul. J'ai été tout de suite vers elle. Je lui ai pris le bras et on est parti se promener. Et depuis, il y a des gens qui se sont dit : « Mais, au fond, je peux la prendre moi aussi par le bras et l'emmener promener. » J’étais contente. Mon parrain était aveugle et ma sœur est aujourd'hui aveugle. C'est l'expérience qui me permet de savoir comment on peut vivre avec un aveugle.

Pour accueillir convenablement, il ne faut pas être dans le jugement, parce que bien souvent ça donne des préjugés : « il me paraît pas trop bien ce gars là », et en fin de compte, il a un cœur gros comme ça. Donc il faut avoir un cœur qui est prêt à accueillir, même pour sa propre famille. Quand j'ai eu l'appel au secours de mon fils, j’ai été obligé de me parler à moi-même : « Écoute, tu as connu ça ! » Bien sûr, j’ai mis des conditions, il y a des règles à respecter dans la maison, pour que ça se passe bien. Je n’ai quand même pas le droit de lui dire : « Écoute, tu as fait le con, voilà ce qui t'arrive. » On fait tous des erreurs, elles nous servent aujourd'hui.

C’est recevoir dans la paix, que la personne se sente bien. Et qu'elle reparte avec du bonheur et se dise « on m'a bien accueillie, j'ai envie de faire pareil ». S’il est trop dans la souffrance, ce n’est pas possible, parce qu'il repartirait avec la souffrance. Donc, ce n'est pas forcément n'importe quand. Il y a des moments où on est moins prêt à recevoir parce qu’on n’a rien à donner.

Une condition, c’est de garder le jardin secret, l'intimité de la personne qui reçoit. C'est vraiment important qu’on apporte le confort, le bien-être, l'écoute, mais eux, de leur côté, doivent nous donner le respect de notre jardin secret.

Pour que l'hospitalité soit bien faite, il faut savoir quel est le vrai désir d’une personne. Devant quelqu'un qui venait, le responsable du Secours Catholique n'avait pas de nourriture et il lui donne de l’argent pour qu’il aille s’acheter un sandwich. Et deux heures après il est revenu en disant : « Regardez, j'ai été chez le coiffeur. » Donc, son vrai désir c'était d'être propre. Quand on prend le temps de bien écouter, on va voir que le désir est peut-être ailleurs. J'ai besoin de trouver toute seule la solution, qu’on me guide dans ma réflexion, qu’on m’écoute. Pour moi, une condition pour l'hospitalité, c'est qu'on sache donner en fonction de ce que la personne a envie, pas forcément de ce que moi je lui vois comme besoin.

 

Retrouvez, ci-dessous en pièce-jointe, le texte complet en version pdf.

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