De ma cellule chambre à ma cellule prison

06/02/2019

 

De ma cellule chambre à ma cellule prison. Témoignage de Ludovic

 

 

Mon enfance :

Je suis le 5ème enfant et le dernier né surnommé le Mal aimé, le Vilain canard. J’ai subi beaucoup de coups et diverses maltraitances surtout de la part de ma mère. Pour fuir ces violences, mon refuge était l’école. Je redoutais les pauses déjeuner, les sorties d’école, les mercredis et les week-ends. La maison, c’était l’enfer. Cela a duré jusqu’à mes 15 ans. Puis j’ai préparé un CAP d’horticulture. Un jour, mon père est revenu en France pour prendre sa pré-retraite et avec l’aide de ma mère, ils m’ont dit « monte dans ta chambre ». Là, elle m’a enfermée. Ma chambre était devenue ma cellule, ma mère en était la gardienne. Rien à l’intérieur à l’exception d’un lit, d’un bureau et d’une lampe allumée de l’extérieur. Cela a duré exactement six mois. Un jour, j’ai cassé la porte de ma chambre et je me suis enfui.

Une nouvelle porte s’ouvre :

Je suis allé voir un médecin qui m’a immédiatement placé dans un foyer d’éducation.  Le paradis ! Je me suis mis au boulot et je suis arrivé à vivre mon rêve, devenir animateur d’enfants. J’avais du plaisir à faire des activités avec eux. Je découvrais leur sourire c’était largement plus que ce que je leur donnais. J’ai pris l’habitude d’aller tous les dimanches à la messe. Cela me faisait du bien, apaisait toute la violence qui était en moi. Dieu était comme un héros de bande dessinée. C’était le seul médicament qui me soulageait. Puis je suis rentré chez les Scouts et là un prêtre m’a parlé du baptême mais je lui répondis que je suis une brebis perdue mais que je voulais vraiment connaître le Seigneur. Alors je suis retourné le voir et ce fut une vraie rencontre. Il est devenu le Père que je n’avais jamais eu. C’est lui aussi qui m’a préparé à mon mariage. En effet, c’est à la même époque qu’une religieuse me propose d’aller avec ce groupe de prière dont je faisais partie, à Lourdes et c’est là que j’ai rencontré une fille qui est devenu après mon baptême, ma femme. Cette personne qui est handicapée me disait « ….nos chemins de souffrance se sont croisés à la lumière de la foi.. » Ma vie chrétienne commençait.

La cellule en prison : mais le passé vous rattrape vite. Une nuit du 7 février 2002, deux gendarmes m’ont conduit à la maison de St Anne d’Avignon. L’adaptation fut difficile. La vie en prison est comme un pèlerinage en terre inconnue. J’ai connu le découragement, la souffrance physique et morale, l’isolement. Les journées se ressemblent et sont ponctuées par les mêmes cris, les mêmes ordres, les mêmes bruits de serrures et de portes qui claquent.

Une deuxième porte s’ouvre : c’est là que j’ai rencontré l’aumônier protestant.  Là encore je pensais qu’elle perdait son temps mais je l’écoutais et dans ma cellule je me disais « il faut que tu l’écoutes, elle n’est pas là pour rien ». Au fil du temps, elle est devenue «ma maman ». Ma vie s’en est trouvée transformée, la prison prenait un tout autre visage. Je partageais ma chambre avec « un codétenu invisible : Dieu était venu jusqu’à moi sans me juger mais pour me sauver.» J’acquis la certitude que Jésus Christ, invisible dans notre réalité, ne l’était plus dans mes souffrances ni dans mes appels à l’aide que je lui lançais. En un mot, il était Vivant. J’ai pu parler à d’autres détenus de mon expérience avec le Seigneur. Des amitiés se sont construites, des moments de partage très forts. Mes meilleurs moments, hormis le parloir avec ma femme était la messe ou le culte. J’avais tant besoin de ce baume qui fait tant de bien au cœur. Le plus dur pour moi fut de demander pardon à ma femme mais aussi à tous ceux que j’avais pu faire souffrir.

La sortie de prison:

J’avais en moi cette peur de sortir et en même temps heureux de revoir l’extérieur. Avec l’aumônier, Catherine, on a continué à se voir et dès que j’avais un peu de découragement, je lui téléphonai et on discutait. Elle est vraiment « ma petite maman ». La prison n’est pas un lieu où on reconstruit l’homme, c’est un endroit où il est détruit en quelques instants. Dans ce lieu de ténèbres, on devient plus facilement un loup qu’un agneau, à moins que nous acceptions dans notre cellule d’abord et dans notre vie ensuite, la présence et l’amour de ce détenu invisible mais pourtant tellement présent qu’est Jésus Christ.

Aujourd’hui : je suis devenu un témoin de la Fraternité Bon Larron et je viens, avec l’aide de Gérard du CP de Caen de créer un groupe de prière du bon berger pour les détenus du centre de la prison du Pontent. Depuis 2007, j’ai repris le groupe de prière des Prisons de France.

Contact :

Le groupe de prière des Prisons de France de la Fraternité du Bon Larron

59, rue de l’ancien Hôpital 84100

Orange – France

lebonlarron.vaucluse@gmail.com

 

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