J’ai appris a dire ce que je pense

Sandrine Santenac. Chrétienne du Quart Monde

Graulhet, Tarn

La misère c’est le logement, les fins de mois difficiles et le placement des enfants. Mais le plus difficile a été pour moi le placement des enfants. Par rapport aux autres on se sent faible. À une époque les services sociaux ne faisaient pas confiance du tout.

J’ai 6 enfants de 25 à 14 ans. Les deux plus grand, ont été placés à 5 ans et 4 ans. Il y a eu une alerte au niveau de l’école parce que mon aîné n’arrivait pas à lire correctement. Le second était turbulent, c’était un enfant hyperactif. On a reçu une lettre du conseil général avec des mots très compliqués, je n’ai pas tout compris mais j’ai bien vu qu’il parlait de maltraitance. Moi ça m’a fait mal de lire ça. Je comprends bien qu’il y avait des difficultés dans mon environnement familial et c’est vrai que mes enfants avaient des difficultés à l’école, mais le placement n’a rien arrangé. Aujourd’hui encore à 24 et 25 ans ils n’ont pas de travail.

Les travailleurs sociaux ne savent pas quelle douleur ça peut faire quand tu habites dans une maison avec tes enfants et que du jour au lendemain ils ne sont plus là.

Pour ma première fille ça a été différent. On avait trouvé une école privée à Saint-Michel. Cette école a beaucoup apporté à mes 4 derniers enfants. J’habitais dans une cité, je ne voulais pas que mes enfants aient la même éducation que les jeunes de la cité. Peut-être que je payais, mais ils étaient bien.

Ma seconde fille a lâché ses études très tôt. Elle n’a même pas été en 5e. Elle ne voulait plus aller en cours. Je suis allée à plusieurs rendez-vous avec le directeur et l’équipe pour alléger le temps scolaire de ma fille. Mais elle ne voulait pas rester au Collège, elle avait peur du monde. Alors elle a été placée et même si elle n’a pas pu aller au collège elle faisait des stages. Les travailleurs sociaux sont venus vers moi et moi, quand j’avais un problème, j’allais les voir. Là ça a été bien, je pouvais voir les gens ou bien les appeler pour qu’ils m’aident.

Mes deux derniers enfants, une fille et un garçon ont aussi été placés par rapport au problème de comportement de mon fils ainé. Ma fille a été placée dans une structure que je connaissais déjà, et aujourd’hui encore cette structure m’accompagne.

Je trouve qu’en 20 ans il y a pas mal de choses qui ont changé chez les travailleurs sociaux. Maintenant je sens que les travailleurs sociaux me font confiance, et moi je leur fais confiance. Parfois ils font des erreurs et il faut savoir leur dire. Et parfois moi aussi je fais des erreurs. Je n’ai pas toujours eu la bonne attitude. Parfois je me suis retrouvée dans des situations où j’avais des décisions pas faciles à prendre, mais je les ai prises. Je pense que c’est ça qui m’a aidée à avancer. Avant, quand j’avais une décision à prendre, je disais: « je réfléchis ». Maintenant je réfléchis moins et je sais où je vais.

S’il y a des travailleurs sociaux qui écoutent mon témoignage, j’aimerais leur dire qu’il faut soutenir les familles. Il faut créer des lieux d’accueil pour les familles avec enfants placés à long terme. Des lieux où les familles qui ne peuvent pas avoir leurs enfants les weekends peuvent quand même se retrouver. Moi ça m’aurait aidée.

À tous ceux qui comme moi ont vécu la galère, j’aimerais leur dire de ne pas rester dans leur coin, de ne pas s’isoler. Quand je regarde ma vie, je me rends compte qu’il y a eu des obstacles, qu’il a fallu passer au-dessus. Je me suis remise en question et avant je ne prenais pas forcément les bonnes décisions. Maintenant je suis un peu plus sûre de moi. Grâce à ces obstacles, je me suis endurcie.

 

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