M comme Manager

09/09/2019
m comme manager Servons la fraternité

 

 

 

De Marie qui a écrit ce texte, on sait qu’elle a quelques temps suivi la route du Secours Catholique au sein d’un groupe de recherche d’emploi et qu’elle est comme en témoigne son « M comme Manager » une militante pour un travail… et pour des responsables qui respectent la dignité de chacun.

 

Témoignage de Marie

Il y a six mois, j’ai décroché un boulot… Si, si, un vrai, avec uniforme de rigueur, horaires aussi hachés qu’un steak, chef et collègues, contrat et feuille de paye… Tout, quoi. Pas de quoi devenir riche, mais bon. J’y ai cru.

 

Il était temps de toute façon : j’en avais ras le bol de me lever le matin et de savoir que ma vie ne sert à personne. S’habituer aux bons gestes, tenir la cadence, s’activer en permanence, sourire en toutes circonstances, comme si la soumission joyeuse aux humeurs de la clientèle était l’honneur et la condition de l’épanouissement de toute une vie… Faut s’y faire, mais j’étais motivée. Je croyais même avoir compris que c’était un travail d’équipe. Littéralement.

 

Il me restait à découvrir l’« esprit maison ». Ses mots-clefs et sa réalité crue, derrière la façade jeune et dynamique. Je pensais service et efficacité, certes, mais aussi entraide, soutien, reconnaissance, confidences, amitiés naissantes et rires complices, réussir ensemble, quoi… Ce genre de bonnes choses. Ce fut compétition, évaluation des performances (prétendue), nomination des « meilleurs » du mois, pleurs plus ou moins ravalés et grincements de dents, fatigue et démotivation, le tout sous la conduite débile d’un petit chef en mal de pouvoir et d’avancement. Le « manager ». Oh, le beau cas ! « Manager »… Ce mot me reste en travers de la gorge… Suffisance caractérisée, décisions arbitraires, reproches par principe et remarques fines, inspirées par mon bronzage naturel ou mes féminines rondeurs, émises par celui dont la boîte nous a affublés… Il faisait très fort, le bougre ! J’écrase, donc j’existe… Et vous vous écrasez si vous voulez continuer à exister. Le tout enrobé d’un simulacre de bienveillance, de pseudo humour et d’une sauce aigre-douce de prétendue recherche de résultats et d’intérêt collectif. C’est qu’il en a plein la bouche quand il parle de son rôle de « manager », le Monsieur ! Le ridicule ne tue personne, paraît-il… Ce serait à mourir de rire si cela ne cassait personne !

 

Un soir de tempête, mue par un vague pressentiment et, à vrai dire, un bien réel ressentiment, je suis allée chercher quelle était l’origine de ce mot anglais « manager ». Plutôt révélatrice… Il n’y a pas que les Français qui empruntent à la langue anglaise pour faire chic…Manager semble venir de l’italien maneggiare (« contrôler », « manier », « avoir en main »), influencé par un vieux mot français « manège »… Vous savez, ces sortes d’arènes de sable où les chevaux tournent en rond, apprennent à aller au pas, tenus par une longe pour intégrer la discipline et éviter les pas de côté… Une forme de dressage… Et puis quoi encore ! Cela m’a suffi. Ras le bol des macs de tous poils ! Sans doute le nôtre relevait-il de la caricature, mais on devrait toujours s’intéresser de plus près au sens des mots avant de les utiliser.

 

Le lendemain de cette éclairante recherche, alors que je n’étais même pas la cible des reproches du jour, ou justement pour cette raison, j’ai décoché mes flèches… plutôt vigoureusement… avant, forcément, de raccrocher mon tablier… et le boulot. Tout a un prix. Tout juste atténué par les petits mots de discret soutien émanant de plusieurs de mes trop éphémères compagnons de corvée. 

 

Eh bien, voilà. Le gars de Pôle d’emploi va sans doute faire la gueule, mais la nécessité n’excuse pas tout. M… alors !

Marie

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