Mais je suis fier de ce boulot, il faut bien que quelqu'un le fasse

14/01/2019

Témoignage d'Antoine B, chrétien du Quart Monde

Il n’y a pas d’emplois comment les gens peuvent se nourrir ?

Moi j’ai de la chance j’ai trouvé du travail il y a 6 ans, car j’ai de l’expérience, je fais le ménage depuis 1987.

Au travail mes collègues me disent « il n’y a plus de boulot ». Quand on va à pôle emploi on nous dit 'monsieur il n’y pas de travail, vous êtes trop vieux'. Et les jeune quand ils ont fait leur bac, on leur dit 'vous n’avez pas d’expérience, ou vous êtes trop diplômé'. Avant à cause de mes reins je ne pouvais pas trouver de boulot. J’étais à la maison je tournais en rond j’étais ronchonneux. Je n’arrivais pas à subvenir au besoin de ma famille, on allait au resto du cœur. J’étais mal dans ma peau.

J’ai pas fait d’études. Là ou j’ai vécu avec les gens du voyage à mon époque on ne pouvait pas faire d’études, on allait à l’école on se faisait virer de l’école. On nous mettait au fond dans les rangs. J’ai essayé l’école. A 40 ans j’ai passé un CAP de gérant d’immeuble je l’ai loupé d’un point. J’aurai aimé l’avoir je me suis battu fort, et comme je suis jamais allé a l’école je l’ai raté à l’écrit. Ça m’a beaucoup déçu.

Maintenant ça m’embête, pour pas dire autre chose de ne pas avoir été à l’école. J’aurais peut être pu avoir un boulot plus haut. Le boulot que je fais c’est un sale boulot, faut dire ce qui est, je travaille dans les poubelles et en plus dans le froids dans la chaleur, sous la neige, je travaille dehors.

Tous les jours je me dis, si ce ne serait que de moi je démissionnerai mais je ne peux pas démissionner, il y a trop de chose à payer, je ne veux pas me retrouver à la rue. Mais c’est ce sale boulot qui me fait vivre. Et à 52 ans qui m’embaucherait ?

            Mais je suis fier de ce boulot, il faut bien que quelqu’un le fasse, c’est pas une machine qui le fait c’est l’être humain qui le fait.

Tous les gens qui m’ont remplacé, ils ont pas tenu, sauf un petit jeune qui tient le coup à cause de son petit enfant. Moi je suis fier de tenir le coup. C’est un sale boulot mais il faut bien qu’on le fasse sans moi ils sont foutus. Même mon directeur il me dit que j’ai du courage, ça me donne la niaque. Le magasin est propre grâce à mon travail.

Aujourd’hui je suis fier de ce que je vis. J’ai un boulot stable, je suis  heureux en famille on est tous soudé on vit ensemble. Je me suis marié en août et avec ce mariage on est uni pour la vie. Avoir un boulot stable ça veut dire que tu peux subvenir aux besoins de ta famille ça te rend heureux. Ça te rend fort, tu es puissant quand tu travailles. Ça donne plus de courage.

En préparant ce témoignage on m’a demandé de parler des préjugés car c’est le thème national de la journée. J’aimerais vous raconter cette histoire.

Un jour j’étais en CES, c’est un contrat aidé et quelqu’un me demande ce que je touche, je lui dis que je suis au RMI et il me répond « vous qui êtes au RMI vous ne savez pas travailler ». Je lui dis ha bon alors qu'est-ce-que je fais ici, je suis bien là pour travailler pendant un an. Il me dit « vous êtes ici pour qu’on vous apprenne à travailler c’est ça le CES pour qu’on vous apprenne à travailler car vous savez rien». Alors j’allume la machine à laver le sol et lui dis « allez vous pouvez la passer » Et il me demande comment ça marche et je lui dis que c’est lui l’incapable parce que moi je sais la faire marcher la machine. Après ça il me disait bonjour tout les matins et me demandait comment j’allais.

Il me disait de haut vous ne vivez que du RMI vous êtes tous pareils vous travaillez pour l’état je lui dis « non, non moi je fait tout, j’ai fait tous les métiers, mais avant je n’avais pas de métiers j’allais partout où il y a du boulot, je partais à Bordeaux , à Toulouse. Mais maintenant j’ai une famille je me pose je veux un travail stable.» Je l’ai fait réagir, je lui dis « j’ai pas de diplôme mais je sais faire marcher ma machine ». Voila le message que je voudrais faire passer.

Vous qui ne n’avez jamais connu la galère. Je suis sûr que si vous vivez ce que nous on vit, avec les petit moyens qu’on a, ça ferais cogiter un peu. Je sais que c’est pas possible alors j’ai souhaité un peu vous leur faire comprendre en le criant avec ce témoignage.

Et vous qui vivez la galère : Continuer à vous battre le chemin est long.

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