Catholiques et migrants : le rapport qui fait le point

08/06/2018

La foi joue-t-elle en faveur du repli identitaire ou de l’hospitalité ? C’est ce qu’ont voulu savoir le Service national de la Pastorale des migrants, le Secours catholique Caritas-France, CCFD Terre Solidaire et JRS France-Service jésuite des réfugiés, qui travaillent à l’accueil des migrants et se sont donné comme mission de promouvoir ensemble l’engagement des chrétiens sur ces questions, en conformité avec les appels du Pape et de la Conférence des évêques.

Ces quatre organisations ont confié à More in Common, une initiative internationale qui a pour ambition d’immuniser notre société contre les tentations du repli, le soin de travailler avec l’Ifop à une enquête d’opinion publiée par La Croix, le 7 juin 2018.

41 % pensent que les « migrants font des efforts pour s’intégrer »

Premier enseignement : comme l’ensemble de la population, les catholiques estiment que la France fait face à des arrivées massives de migrants : 49 % considèrent que, depuis cinq ans, le nombre de migrants a beaucoup augmenté alors que, quand on les interroge sur ce qu’ils observent dans leur région, seuls 37 % font le même constat. Par ailleurs, comme pour les Français, la situation inspire aux sondés des sentiments partagés : 41 % pensent que les « migrants font des efforts pour s’intégrer », contre 39 % qui estiment le contraire ; 45 % pensent qu’ils sont « considérés comme prioritaires par rapport aux Français en matières d’aides » publiques (contre 43 %), et 40 % jugent que les migrants « rendent notre pays plus ouvert aux nouvelles idées et cultures » (contre 43 %).

Toutefois, plusieurs éléments indiquent que « les catholiques défendent des positions plus modérées, voire plus bienveillantes que l’ensemble des Français en matière migratoire », analyse François-Xavier Demoures, directeur de la recherche et de la stratégie chez More in Common. Ainsi, 71 % des catholiques estiment que les niveaux de qualification des migrants doivent être reconnus en France et qu’on doit les aider à trouver un emploi. Soit 27 points de plus que l’ensemble de la population française, interrogée en 2016 sur le même item. « Ce qui est significatif », précise François-Xavier Demoures. De plus, 61 % refusent de « fermer complètement nos frontières aux migrants car nous ne pouvons pas les accueillir actuellement ». Soit 32 points de plus que les Français. Toutefois, note More in Common, « ils sont aussi 58 % à récuser l’argument selon lequel la France a les moyens économiques et financiers d’accueillir les migrants et qu’elle a donc obligation de le faire ».

« Les personnes qui ont des avis tranchés représentent une minorité »

Bref, « sur cette question comme sur d’autres, l’opinion catholique se méfie des opinions à l’emporte-pièce », résume François-Xavier Demoures. Ainsi, seuls 28 % des catholiques plébiscitent l’immigration choisie. Si 24 % estiment que l’islam est incompatible avec la société française, 47 % pensent qu’ils partagent des valeurs similaires à celles des musulmans. Et 55 % sont en désaccord avec l’affirmation selon laquelle « c’est un problème que la majorité des migrants soient musulmans ». « En réalité, les catholiques sont moins divisés qu’ambivalents, analyse François-Xavier Demoures, et les personnes qui ont des avis tranchés représentent une minorité. »

Pour comprendre cette ambivalence, l’enquête a regardé comment se segmente l’opinion catholique et elle a identifié cinq groupes. « Deux groupes, représentant 45 % de l’échantillon, montrent une forte ouverture à l’altérité », note François-Xavier Demoures, qui en conclut qu’« il y a chez les catholiques une disposition à l’hospitalité qui est majoritaire ». Ces deux groupes sont les « catholiques multiculturalistes » (21 %), plus engagés et plus jeunes, et qui se montrent très ouverts, et les « catholiques libéraux » (24 %), plus aisés, qui défendent une économie et une société ouverte. En revanche, « deux autres groupes, qui pèsent pour un tiers du panel, manifestent des valeurs plus fermées », décrypte l’enquête. Il s’agit des « catholiques nationalistes » (15 %), qui s’opposent à l’accueil des migrants pour des raisons identitaires, et les « nationalistes sécularisés » (18 %), très éloignés de l’Église et réfractaires à l’accueil pour des raisons économiques et sociales. Enfin, reste le groupe des « catholiques en insécurité culturelle » (22 %) que l’enquête considère comme un groupe pivot, parce qu’il est tiraillé entre craintes vis-à-vis de l’islam et compassion à l’égard des humains qui souffrent, conformément au message de l’Évangile.

Les catholiques sont plus engagés que la moyenne en faveur des migrants

En fait, la foi et peut-être aussi l’exemple donné dans la paroisse semblent arrimer de nombreux catholiques, y compris les plus inquiets, du côté de la compassion. Ainsi, 61 % sont totalement d’accord avec la position du Pape, qui encourage l’accueil (voir infographie). Surtout, fait notoire, les catholiques sont plus engagés que la moyenne en faveur des migrants.

Ainsi, alors qu’en moyenne un Français sur trois déclare avoir fait un don ou une action à destination de cette population, chez les catholiques, on se rapproche d’un sur deux, voire plus chez les pratiquants. Plus étonnant, on retrouve ce type d’engagement y compris chez des catholiques qui font état de craintes, voire d’hostilité ! 38 % des catholiques déclarent avoir fait un don de vêtement ou de nourriture. Chez les pratiquants, le chiffre monte à 40 %, et à 49 % chez les « multiculturalistes ». De façon inattendue, il ne descend qu’à 37 % chez les « catholiques en insécurité culturelle », à 28 % chez les « nationalistes sécularisés » et 23 % chez les « catholiques nationalistes ». 6 % des pratiquants ont même accueilli un migrant chez eux. Cet engagement au-delà des convictions personnelles est très caractéristique de la population catholique.

Consulter le rapport de more in common en pdf, avec de nombreux schémas, ci-dessous.

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