Face à la xénophobie et au populisme, les chrétiens doivent s’émanciper des peurs

21/01/2019

Mgr Bruno-Marie Duffé, secrétaire du Dicastère pour le service du développement humain intégral, a donné une conférence au Collège académique Sainte-Catherine-de- Sienne à Pavie (Italie) sur le thème « Migrations mondiales et nouveaux nationalismes. L’Église face à la xénophobie, au populisme et au racisme ».

Dans son discours, Mgr Duffé est parti de l’analyse des différentes « peurs ». Concernant les migrants, il a rappelé que « dans la pensée moderne, tout se passe comme si nous avions oublié que nous étions tous et fondamentalement des “migrants” ». « Les migrations, a-t-il poursuivi, comme expérience humaine essentielle, rappellent aux vivants que leur vie est une recherche de la source. Cette expression doit être entendue, au sens de la source physique et au sens de la source symbolique. » Mgr Duffé a ensuite expliqué que « la rencontre de l’autre, de l’étranger migrant en particulier, interroge et redéfinit nécessairement l’image que nous avions construite de notre devenir et de notre avenir ». Et de poursuivre : « Le défi, au cœur même de l’expérience des migrations contemporaines, apparaît bel et bien celui du “vivre ensemble” sur une terre qui nous est commune mais qui n’appartient finalement à personne ». Abordant les différentes constructions mentales et théoriques de xénophobie, racisme et populisme, il s’est interrogé : « qui est le peuple et que pense le peuple qui est avancé comme la référence des discours populistes ? ». Citant l’Apôtre Saint Paul il précise alors : « Nous découvrons notre humanité en découvrant ce que l’autre nous révèle de notre humanité. Ainsi le “peuple” est-il “en chemin”, grâce à cette hospitalité mutuelle par laquelle nous nous accueillons l’un l’autre ». Il a insisté sur le rôle de l’Église qui « participe au tissage des liens de reconnaissance entre tous les citoyens d’une nation » et rappelle, à partir de l’enseignement du Christ, « que l’étranger est également invité à participer à la vie de la communauté et qu’il bénéficie du même héritage d’espérance ».

Texte complet dans le pdf ci-dessous

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J’aimerais partir d’une expérience personnelle que j’ai vécue en France, en 2015 et qui m’a donné à penser. Engagé dans une action d’accueil et d’accompagnement de migrants qui étaient dans la rue, suite à l’évacuation par la police d’un immeuble occupé illégalement et qui avait été déclaré dangereux et insalubre, j’ai trouvé un hébergement provisoire pour deux familles, dans un camping rural. Le maire du village m’a alors convoqué en me disant que l’arrivée de ces deux familles allait « déstabiliser » la commune. Je lui ai alors précisé que ces deux familles étaient composées de 4 adultes et 4 enfants et que la population du village était évaluée à 2 500 personnes. Mais j’ai compris que le verbe « déstabiliser », employé par le maire, devant son Conseil, n’était pas simplement une question de nombre mais une question de solidarité, au premier sens du terme. Je veux dire qu’il ne souhaitait pas que le lien de connaissance et de reconnaissance qui unit les habitants de sa commune s’ouvre à ces deux familles. À ses yeux, le cercle était clos et il n’était pas question de vivre la moindre ouverture. Le débat s’est d’ailleurs cristallisé sur la scolarisation des 4 enfants.

Je précise que la loi française oblige les communes à scolariser tout enfant mineur, quelle que soit la situation sociale des parents. Il y a donc eu un refus explicite de prendre en charge ces enfants, au motif qu’ils allaient peser sur le budget social de la commune. Il est intéressant de savoir que c’est l’association des parents d’élèves de cette commune qui s’est engagée à assumer les frais de cette scolarisation et que le maire, au terme de l’année, a reconnu que « les choses ne s’étaient finalement pas trop mal passées ».

Ce que révèle cet épisode, très simple et sans doute assez habituel, est clair : l’accueil et l’aide aux migrants« déstabilisent », les esprits et les références que nous portons en nous. Ce n’est pas tant les moyens qui nous manquent. Ce qui est touché, en nous, par la présence de ceux qui viennent de loin, qui ne parlent pas la même langue, qui n’ont pas la même religion et qui manquent des choses nécessaires pour survivre, c’est notre représentation de la famille, de la communauté et de l’humanité. Ce sont les points d’appui sur lesquels nous construisons notre sécurité imaginaire, notre maison symbolique, notre confort moral.

Les migrants, par leur présence, nous conduisent à repenser les délimitations que nous avons pris beaucoup de peine à construire, au fil des années, au fil des générations, des guerres et des crises. Ils ne sont pas de notre famille, de notre histoire et nous avons de la peine à entendre leur propre histoire qui nous paraît d’autant plus lointaine qu’elle ne s’exprime pas nécessairement avec les mêmes expériences que les nôtres.

Il s’agit donc de penser, de manière conjointe, l’expérience de la rencontre des migrants et la mémoire communautaire que nous portons en nous-mêmes, de manière plus ou moins consciente. Cette mémoire est habitée par des peurs et par des joies auxquelles, d’une certaine manière, nous tenons, car elles sont les traces d’un passé qui est toujours présent en nous. Et nos peurs expriment la hantise de perdre ce que nous sommes devenus, ce que nous devons à nos parents et ce que nous devons à ceux qui nous sont liés, par le sang et par la langue, par les sentiments et par la culture, cet ensemble de gestes et de manières de vivre par lesquels nous nous reconnaissons.

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