Le pèlerinage dans le directoire sur la piété populaire

servons la fraternité le pèlerinage

DIRECTOIRE SUR LA PIÉTÉ POPULAIRE ET LA LITURGIE - PRINCIPES ET ORIENTATIONS

Cité du Vatican - Décembre 2001

 

Le Pèlerinage

279. Le pèlerinage est une pratique religieuse universelle, et aussi une expression typique de la piété populaire; il est étroitement lié au sanctuaire, dans la vie duquel il constitue un élément indispensable: en effet, il est possible d’affirmer que le pèlerinage a besoin du sanctuaire, tout comme, inversement, le sanctuaire a besoin du pèlerinage. (...)

Le pèlerinage chrétien

281. Les chrétiens considèrent qu’il n’existe plus aucun lieu de pèlerinage, dans lequel ils ont l’obligation de se rendre; en effet, d’une part, Jésus a dévoilé le mystère du Temple en l’attribuant à sa propre personne (cf. Jn 2, 22-23), et, d’autre part, il est passé de ce monde vers le Père (cf. Jn 13, 1), en accomplissant lui-même l’exode définitif: ainsi, désormais, toute la vie des disciples du Christ est une marche vers le sanctuaire céleste, et l’Église elle-même est consciente d’être "en pèlerinage sur la terre".

Il reste que les accointances indéniables existant entre, d’une part, la doctrine du Christ et, d’autre part, les valeurs spirituelles du pèlerinage ont incité l’Église, non seulement à affirmer la légitimité de cette forme de piété, et même à l’encourager tout au long des siècles. (...)

La spiritualité du pèlerinage 

286. En dépit des mutations qu’il a subies au cours des siècles, le pèlerinage conserve, à notre époque, ses caractéristiques essentielles, qui déterminent sa spiritualité particulière. La dimension eschatologique. Cette dimension essentielle est à l’origine du pèlerinage: ce dernier est une "marche vers le sanctuaire", c’est-à-dire un moment et une parabole du chemin qui mène au Royaume; de fait, le pèlerinage aide le chrétien à prendre conscience de la dimension eschatologique de sa vie en tant que baptisé; il est, en effet, un homo viator, dont l’existence se situe entre l’obscurité de la foi et la soif de la vision éternelle, entre les limites étroites du temps et l’aspiration à la vie qui ne finira pas, entre la fatigue éprouvée sur le chemin et l’attente du repos éternel, entre les larmes de l’exil et le désir du bonheur dans la patrie céleste, entre l’agitation de la vie active et l’attrait pour la sérénité de la contemplation.

De plus, la longue marche d’Israël vers la terre promise, appelée l’exode, fait partie aussi de la spiritualité du pèlerinage: le pèlerin sait que "la cité que nous avons ici-bas n’est pas définitive" (He 13, 14), et c’est pourquoi au-delà du but immédiat du sanctuaire, il avance, à travers le désert de la vie, vers le Ciel, qui est la vraie Terre promise.

On a déjà pu constater que le fait de se rendre dans un sanctuaire constitue pour de nombreux fidèles une occasion particulièrement favorable, et même souvent désirée, de s’approcher du sacrement de la Pénitence; il est vrai aussi que le pèlerinage a été vécu dans le passé - et il est encore proposé de nos jours - comme une démarche pénitentielle.

Lorsque le pèlerinage est accompli de la manière qui convient, le fidèle quitte le sanctuaire avec la résolution de "changer de vie", c’est-à-dire d’orienter sa vie vers Dieu avec plus de détermination; le pèlerin désire donc donner une plus grande dimension transcendante à son existence.

La dimension festive. Au cours du pèlerinage, la dimension pénitentielle coexiste avec la dimension festive. On peut même affirmer que cette dimension festive est située au cœur du pèlerinage. Ce dernier assume un certain nombre d’aspects anthropologiques de la fête.

La joie du pèlerinage chrétien se présente comme le prolongement de l’allégresse ressentie par le pieux pèlerin d’Israël: "Quelle joie quand on m’a dit: "nous irons à la maison du Seigneur !"" (Ps 122, 1); elle contribue aussi à rompre la monotonie de la vie quotidienne en présentant une prospective différente de celle du monde; elle allège le poids souvent pesant de la vie, qui, en particulier, pour les pauvres, est un fardeau bien lourd à porter. Cette joie se présente aussi comme une occasion d’exprimer la fraternité chrétienne, en accordant une plus large place à la convivialité et à l’amitié; enfin, elle prend l’aspect de manifestations spontanées, qui sont très souvent réfrénées dans la vie quotidienne.

La dimension cultuelle. Le pèlerinage est essentiellement un acte cultuel: de fait, en marchant vers le sanctuaire, le pèlerin va à la rencontre de Dieu pour demeurer en sa présence, l’adorer et lui ouvrir son cœur.

Dans le sanctuaire, le pèlerin accomplit un certain nombre d’actes cultuels, qui appartiennent soit au domaine de la Liturgie, soit à celui de la piété populaire. Sa prière prend des formes variées: prière de louange et d’adoration adressée au Seigneur pour sa bonté et sa sainteté; prière d’action de grâces pour les dons reçus; prière ayant pour but l’accomplissement d’un vœu, auquel le pèlerin s’était engagé face au Seigneur; prière de demande de grâces nécessaires pour sa vie; prière sollicitant le pardon de Dieu pour les péchés commis.

La prière du pèlerin s’adresse très souvent à la bienheureuse Vierge Marie, aux Anges et aux Saints, qu’il considère à juste raison comme des intercesseurs auprès du Très-Haut. Les saintes images, qui sont vénérées dans le sanctuaire, sont des signes de la présence de la Mère de Dieu et des Saints auprès du Seigneur dans la gloire, "qui vit pour toujours afin d’intercéder en faveur des hommes" (He 7, 25), et qui est toujours présent dans la communauté réunie en son nom (cf. Mt 18, 20; 28, 20). L’image sacrée, vénérée dans le sanctuaire, qui représente le Christ, ou la Vierge Marie, ou encore les Anges ou les Saints, est le signe de la présence divine et de l’amour providentiel de Dieu; c’est pourquoi ce signe est saint. Cette image est aussi le témoignage des multiples prières qui se sont élevées devant elle, de génération en génération: prières de supplications dans les besoins, prières exprimant la douleur de celui qui est affligé, prières aussi de jubilation et de remerciements de la part de celui qui a obtenu grâces et miséricorde.

La dimension apostolique. L’itinéraire du pèlerin reproduit, en un certain sens, celui de Jésus et de ses disciples, qui parcoururent les chemins de la Palestine pour annoncer l’Évangile du salut. Le pèlerinage est donc une annonce de la foi, et les pèlerins sont des "messagers itinérants du Christ".

La dimension de communion. Le pèlerin, qui se rend dans un sanctuaire, est en communion de foi et de charité, non seulement avec les personnes qui accomplissent en sa compagnie le "saint voyage" (Ps 84, 6), mais aussi avec le Seigneur lui-même; celui-ci chemine près de lui, tout comme il marcha avec les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35). Le pèlerin est aussi en communion avec sa communauté d’origine, et par elle, avec toute l’Église, celle qui demeure dans le ciel et celle qui chemine encore sur la terre. Il est encore en communion avec les fidèles qui, tout au long des siècles, ont prié dans ce même sanctuaire. Il est en communion avec la nature, qui entoure le sanctuaire, et dont il admire la beauté, ce qui l’incite à la respecter. Enfin, le pèlerin est en communion avec toute l’humanité, dont les souffrances et l’espérance se manifestent de diverses manières dans le sanctuaire, et qui a laissé en ce lieu de multiples signes de ses talents et de son art.

Le déroulement du pèlerinage 

287. À l’image du sanctuaire, qui a été défini comme un lieu de prières, le pèlerinage peut être présenté comme un chemin, dont chaque étape est marquée et animée par la prière. Durant ce parcours, qui mène au sanctuaire, la Parole de Dieu est destinée à éclairer, guider, nourrir et soutenir le pèlerin.

La réussite d’un pèlerinage, tant du point de vue culturel que pour les fruits spirituels, qu’il peut apporter au fidèle, dépend du bon ordonnancement des célébrations et de la présentation appropriée de ses diverses phases.

Le départ du pèlerinage doit être marqué par un moment de prières, qui se déroule dans l’église paroissiale ou dans un lieu plus adapté; il peut consister en la célébration de l’Eucharistie ou d’une partie de la Liturgie des Heures, ou encore en une bénédiction particulière des pèlerins.

La dernière étape du pèlerinage doit donner lieu à une prière plus intense; il est souhaitable que, à l’approche du sanctuaire, le chemin soit accompli à pieds, et que des prières et des chants accompagnent cette procession; les pèlerins ne manqueront pas de s’arrêter près des édicules qui jalonnent éventuellement le trajet qui mène au sanctuaire.

L’accueil des pèlerins peut donner lieu à une sorte de "liturgie du seuil"; celle-ci n’est pas seulement destinée à souligner la dimension humaine de la rencontre entre les pèlerins et les responsables du sanctuaire, mais elle doit revêtir une signification éminente au niveau de la foi. De plus, il est souhaitable, si possible, que les responsables des sanctuaires aillent eux-mêmes à la rencontre des pèlerins pour accomplir avec eux la dernière étape du chemin.

Le séjour dans le sanctuaire doit évidemment constituer le moment le plus intense du pèlerinage; il est caractérisé par l’engagement du pèlerin à la conversion personnelle; ce dernier est appelé à la concrétiser en recevant le sacrement de la réconciliation. Le séjour est aussi marqué par des prières particulières, c’est-à-dire des prières d’action de grâces, de supplications ou de demandes d’intercession, qui sont liées au caractère propre du sanctuaire et aux buts du pèlerinage, et aussi par la célébration de l’Eucharistie, qui est le point culminant du pèlerinage.

La conclusion du pèlerinage doit être soulignée par un moment de prières, qui a lieu soit dans le sanctuaire, soit dans l’église, d’où les pèlerins sont partis. Il est l’occasion pour les fidèles de rendre grâces à Dieu pour le don du pèlerinage qui s’achève, et il leur permet aussi de demander au Seigneur de les aider à mieux vivre leur vocation chrétienne à leur retour à la maison.

Depuis les premiers siècles de l’Église, le pèlerin désire emporter avec lui des "souvenirs" du sanctuaire qu’il a visité. Il convient de veiller à la qualité des objets, des images et des livres, afin qu’ils soient en mesure de transmettre l’esprit authentique du lieu saint. Il faut aussi veiller à ce que les points de vente, qui se trouvent dans l’enceinte du sanctuaire, soient dépourvus de tout caractère mercantile.

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