"Pour Dieu, il n'y a pas de vie perdue"

14/12/2017

En 2013, les chartreux de Notre Dame de Portes (dans l’Ain) ont écrit à leurs frères détenus pour leur souhaiter un Joyeux Noël. Ils opèrent un audacieux rapprochement entre leur clôture et les murs de la prison et délivrent un message plein de tendresse, de foi et d’espérance.

 

Chartreuse Notre Dame de Portes

Le 20 décembre 2013

 

Chers frères éprouvés,

Un peu prisonniers, comme vous, avec bien-sûr une grande différence puisque pour nous c’est volontaire, la solitude que nous avons choisie et dont nous connaissons la rudesse nous permet de nous sentir proches d’une petite partie de ce que vous vivez.

Une petite partie car, bien-sûr, ce qui vous manque le plus cruellement est la liberté.

Nous avons choisi de vivre séparés du monde, derrière un mur, celui de la clôture, loin du monde mais pas indifférents au monde, puisque précisément nous voudrions que notre cœur s’ouvre aux dimensions de l’amour de Dieu. Nous ne pouvons pas venir vous voir, notre clôture nous l’interdit, tout comme vos murs vous interdisent de sortir. Alors nous avons demandé à vos visiteurs de vous transmettre, en cette période de Noël, notre pensée, notre communion fraternelle, notre prière aussi, bien-sûr. Et d’y ajouter, en partage fraternel, quelques friandises que nous avons reçues de nos familles et de nos amis.

Savez-vous que le premier saint canonisé de l’histoire est un bandit de grands chemins ? Celui qu’on appelle le Bon Larron, saint Dysmas. Cela veut dire que pour Dieu il n’y a pas de vie perdue, il n’y a rien qui ne puisse être récupéré et transfiguré. Il y a un prix à payer, c’est d’accord, mais c’est normal aussi, après tout c’est une question d’honneur : si nous avons abîmé quelque chose en nous ou chez les autres, c’est normal que nous voulions payer un peu de notre personne pour remettre droit ce que nous avons tordu. Chez les moines, cela prend le nom de pénitence, un nom qui doit sonner désagréablement à vos oreilles parce qu’il vous rappelle celui de pénitencier. Mais justement cela fait partie des petits détails qui nous relient d’une manière un peu particulière. Faites pénitence car le Royaume de Dieu est proche, proclame saint Jean Baptiste, n’oublions pas la deuxième moitié !

Chers frères, votre vie est dure, bien plus certainement que nous ne pouvons l’imaginer. Nous voudrions seulement que l’humble geste que nous faisons puisse vous donner un peu de joie et vous dire qu’il y a quelqu’un qui pense à vous. Quelqu’un : oh ! Pas tellement nous, mais Celui à qui nous avons donné notre vie et que certains d’entre vous connaissent, Jésus, le Verbe incarné que nous fêtons à Noël.

Très fraternellement en Lui, Joyeux Noël à vous aussi.

 

Ci-dessous retrouvez les mots des frères écrits à la main.

 

Retrouvez le site internet des Chartreux de Portes, ici.

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