Charte de la diaconie paroissiale. Diocèse de Rennes, Dol et St Malo

Charte de la diaconie paroissiale. Diocèse de Rennes, Dol et St Malo

Préambule

Dans le texte ci-dessous, nous avons utilisé souvent le mot « pauvre ». Or, ce mot peut susciter  chez certains des réactions de rejet et pourrait être perçu comme péjoratif.

Nous avons pourtant décidé de l’utiliser, parce qu’il se trouve dans l’Écriture Sainte, en particulier dans les évangiles (« Bienheureux les pauvres ... ! »), dans la Tradition vivante de l’Église et dans le Magistère (par exemple l’encyclique « Dieu est amour » du pape Benoît XVI), ainsi que dans la « Lettre pastorale Afin que vous débordiez d’espérance » à laquelle se réfère cette charte.

Quand nous parlons de « pauvres », nous pensons à tous ceux qui sont en situation de fragilité, de précarité, de souffrance, que cette pauvreté soit financière, morale, culturelle, physique, psychologique, spirituelle, ou autre.

  • Lettre pastorale Afin que vous débordiez d’espérance

Contemplons Jésus : L’amour pour « les plus petits de ses frères » est au cœur du Royaume qu’il vient inaugurer sur terre. Sa première béatitude le dit clairement : « Heureux vous les pauvres… » (Luc 6,20). Par sa parabole du « bon Samaritain », il nous invite à aimer comme lui (Luc 10,30-37). Son éloge du « pauvre nommé Lazare » manifeste la prédilection de Dieu pour les pauvres (Luc 16,19-22). Il a lié l’amour qu’on lui porte au don de la nourriture aux affamés et de l’eau aux assoiffés, à l’accueil des migrants et au fait d’aller jusqu’aux prisonniers (cf. Matthieu 25,35-36).

Orientation N°25

« Soyons des "disciples-missionnaires" qui reçoivent les "pauvres" comme des frères et sœurs nous apportant leur trésor de vie, de sagesse et, s’ils croient en Dieu, de leur foi. Je souhaite que chaque paroisse suscite une « diaconie paroissiale» afin que l’amour pour eux soit au centre de sa vitalité, comme la liturgie et la transmission de la foi. Mieux, la "diaconie paroissiale " montre que leur présence et leur implication sont essentielles à la vie paroissiale. »

  • Encyclique Deus caritas est du pape Benoît XVI, le 25 décembre 2005

« L’amour du prochain, enraciné dans l’amour de Dieu, est avant tout une tâche pour chaque fidèle, mais il est aussi une tâche pour la communauté ecclésiale entière, et cela à tous les niveaux : de la communauté locale à l’Église particulière jusqu’à l’Église universelle dans son ensemble (…) En conséquence, l’amour a aussi besoin d’organisation comme présupposé pour un service communautaire ordonné. » (§ 20)

« La nature profonde de l’Église s’exprime dans une triple tâche : annonce de la Parole de Dieu (kerygma-martyria), célébration des Sacrements (leitourgia), service de la charité (diakonia). Ce sont trois tâches qui s’appellent l’une l’autre et qui ne peuvent être séparées l’une de l’autre. La charité n’est pas pour l’Église une sorte d’activité d’assistance sociale qu’on pourrait aussi laisser à d’autres, mais elle appartient à sa nature, elle est une expression de son essence elle-même, à laquelle elle ne peut renoncer. » (§ 25)

  1. Raison d’être de la diaconie

La charité est donc au cœur de la Bonne Nouvelle et de la vie des disciples de Jésus. Cela nous est enseigné par l’épisode du lavement des pieds. Après avoir lavé les pieds de ses disciples, Jésus dit : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jean 13,14-15)

Les disciples de Jésus-Christ se réunissent en paroisse pour :

                        - annoncer la Bonne Nouvelle de l’Amour sauveur de Dieu

- célébrer le Christ, Fils de Dieu et Sauveur du monde

- servir à la manière du Christ, grâce à sa charité.

  1. Mission principale

La diaconie paroissiale est attentive à rejoindre les plus pauvres, quelle que soit la nature de leur pauvreté, qu’ils soient chrétiens  ou non, en accomplissant ces trois missions de telle sort qu’elles soient enrichies par eux. Elle a pour mission principale de faire en sorte que la paroisse reconnaisse la place des pauvres au sein de l’Église, soit à leur service et sache les intégrer dans la vie de la Communauté chrétienne, dans le respect des convictions de chacun. Ainsi ceux-ci se sentiront accueillis et aimés comme tous les autres chrétiens, avec la même joie de recevoir la Bonne Nouvelle, la même espérance de célébrer le Christ, et la même invitation à participer à la vie de la Communauté chrétienne.

Les diaconies paroissiales adhèrent aux principes énoncés et aux valeurs définies dans la Charte de la Diaconie Brétillienne (en annexe). Elles trouvent ainsi une aide pour fixer leurs règles de fonctionnement (voir ci-dessous §5).

  1. Les missions
  • Elle veille à ce que la vie de la paroisse, notamment dans ses activités de célébration et d’annonce de la Bonne Nouvelle, prenne en compte les appels et la présence des plus fragiles et des exclus. Elle demande que les célébrations fassent place à tous et donc aux plus fragiles et aux plus pauvres, accueillis comme des frères et sœurs, sans que la liturgie soit « utilisée » à cette fin. Elle participe à la mission de la paroisse qui, selon sa vocation, se préoccupe de l’annonce de la Bonne Nouvelle à celles et ceux qui sont aux « périphéries existentielles ».
  • Elle cherche à identifier les pauvretés et les exclusions qui ne sont pas encore prises en compte, et suscite des initiatives pour y remédier. Elle est à l’écoute des informations et propositions d’action qui lui sont transmises en réponse à des besoins non ou mal satisfaits. Pour cela, elle est en lien avec ceux qui sont en mesure de détecter des fragilités, sans oublier les jeunes (grâce à l’Enseignement catholique, aux aumôneries de l’Enseignement public et aux mouvements). Elle accompagne la réalisation de ces propositions en veillant à la prise en compte du critère de compétence[1]. Elle encourage les chrétiens à aller vers les plus fragiles, en participant, avec eux dans la mesure du possible et à leur manière, au dynamisme d’une « Église en sortie ».
  • Elle favorise le développement de liens entre les différents acteurs de la charité (Secours catholique Caritas International, Conférence de Saint Vincent de Paul, CCFD Terre Solidaire, Ordre de Malte, etc.), sans oublier les aumôneries d’hôpital ou de prison, les visites aux personnes isolées ou malades, la solidarité internationale, ainsi que des chrétiens engagés isolément ou dans des associations au service des plus fragiles. Elle permet ainsi à tous les acteurs de charité de mieux se connaitre mutuellement, de rechercher des complémentarités, de partager sur les difficultés rencontrées et les solutions trouvées. Pour approfondir ces relations, elle peut, si cela est opportun, proposer d’organiser ensemble un « temps fort » commun.
  • Elle encourage les relations fraternelles et la collaboration entre les services et mouvements d’Église et les autres acteurs de la solidarité sur le territoire paroissial.
  • Elle veille à ce que les paroissiens soient informés régulièrement des activités caritatives de la paroisse.
  • Elle offre des moyens et des temps de ressourcement spirituel, de prière et de partage fraternel à ceux qui sont engagés dans les services de charité (ou de solidarité). Elle veille à l’enracinement spirituel de l’action caritative et propose de relire les engagements divers à la lumière de l’Écriture sainte et de l’enseignement de l’Église. Elle encourage tous ses acteurs à prendre des temps de réflexion sur les situations de pauvreté et sur leurs causes, notamment à partir de la Doctrine sociale de l’Église.
  1. Composition générale

- Tout chrétien est appelé à participer à la vie de la diaconie.

- Toute personne qui œuvre à l’accueil et à l’accompagnement des plus fragiles, sur le territoire paroissial, peut être appelée à en faire partie.

  1. Fonctionnement

La diaconie est une composante essentielle de la vie de la paroisse. De ce fait, le curé en est le responsable et peut déléguer sa présence à un membre de la paroisse, par exemple à un diacre. Au sein du Conseil Pastoral Paroissial, un chrétien représente la diaconie, selon le n. 14 des règles de ce Conseil.

Un comité de pilotage en assure l’animation. Il est composé de représentants des différents acteurs de la charité et de personnes en situation de pauvreté ou d’exclusion.

Il revient à chaque paroisse de définir les règles de fonctionnement de sa diaconie.

Dans certaines circonstances, il peut paraître préférable de mettre en place une diaconie inter-paroissiale, par exemple lorsque plusieurs paroisses ont le même curé.

30/09/2018

Annexe

Charte de la Diaconie Brétillienne

Son Identité

La Diaconie Brétillienne a été créée dans le sillage de l’expérience du Conseil diocésain de la solidarité et du Service diocésain de la pastorale des migrants, du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo.

Cette association ayant pour objet « le soutien d’actions de solidarité par l’animation et l’organisation d’une union d'associations et de comités paroissiaux de solidarité pour la promotion de la dignité humaine, selon l'enseignement de l'Église Catholique », elle se propose une charte qui précise l’esprit de ses initiatives :

  • En aidant, quelques soient les origines et les religions, ceux qui sont dans le besoin à faire face à leurs difficultés et à s'organiser ;
  • En interpellant les différents secteurs de la société dans la lutte contre l'exclusion ;
  • En mettant en place des actions de formation, d'animation, de coordination et de soutien des projets ;
  • En accompagnant  les initiatives locales dans les réponses aux besoins nouveaux ;

les membres de l’association s’engagent à se ressourcer à l’Évangile du Bon Samaritain et à impulser cet Évangile en toutes ses initiatives et dans toutes les associations et tous les comités paroissiaux de solidarité.

Ses Valeurs

Dans l’esprit de cet Évangile, les membres de la Diaconie Bretillienne s’engagent avant tout à servir :

  • En reliant les forces déjà engagées ou disposées à le faire ;
  • En étant en éveil pour détecter les besoins souvent cachés ou négligés et être force de proposition ;
  • En donnant le signe visible de la mission de l'Église locale d'être au service de la justice et de la charité.

Ses Principes envers les personnes

Les membres de la Diaconie Brétillienne s'engagent à :

  • Accueillir et reconnaitre chaque personne comme un être singulier et précieux dans son histoire, sa vie, sa culture, sa religion et son identité ;
  • Prendre le temps de l’écoute et de l’accompagnement de chaque personne, de façon humble et confiante, dans le grand respect de sa liberté et dans un esprit de gratuité de la relation ;
  • Susciter et favoriser les initiatives des personnes accueillies, en encourageant leurs propres efforts et leur désir de participation active.

Ses Principes  dans l'action

   Les membres de la Diaconie Brétillienne s'engagent à travers leurs actions à favoriser l'accès :

  • Aux droits communs en facilitant la reconquête d'une identité sociale et la recherche de revenus réguliers ;
  • À la convivialité et à la fraternité en stimulant le goût de vivre avec les autres et à leur côté ;
  • À la citoyenneté des personnes accueillies en les encourageant à prendre la parole et à être acteurs de la vie sociale ;
  • À grandir dans une vie spirituelle selon les convictions religieuses de chacun.

Dans l’enseignement de l’Église catholique, l’association reconnait un encouragement particulier dans la deuxième partie de l’Encyclique « Dieu est amour » sur la charité chrétienne publiée par le pape Benoit XVI, le 25 décembre 2005.


[1] « En ce qui concerne le service des personnes qui souffrent, la compétence professionnelle est avant tout nécessaire […], mais à elle seule, elle ne peut suffire. En réalité, il s’agit d’êtres humains, et les êtres humains ont toujours besoin de quelque chose de plus que de soins techniquement corrects. Ils ont besoin d’humanité. Ils ont besoin de l’attention du cœur. Les personnes qui œuvrent dans les Institutions caritatives de l’Église doivent se distinguer par le fait qu’elles ne se contentent pas d’exécuter avec dextérité le geste qui convient sur le moment, mais qu’elles se consacrent à autrui avec des attentions qui leur viennent du cœur, de manière à ce qu’autrui puisse éprouver leur richesse d’humanité. C’est pourquoi, en plus de la préparation professionnelle, il est nécessaire pour ces personnes d’avoir aussi et surtout une "formation du cœur" : il convient de les conduire à la rencontre avec Dieu dans le Christ, qui suscite en eux l’amour et qui ouvre leur esprit à autrui. » Encyclique Deus caritas est, n. 31, a).

 

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